jeudi 11 mai 2017

C'est la nuit


Quand j'écris, c'est la nuit,
Au chaud dans ma fatigue.
Elle freine et focalise le galop des synapses,
Elle installe des vides,
Et me rapproche de mon doux palpitant.

Alors le silence me crisse,
Ses mots de charbon par wagons,
Ses lignes cousues d'étoiles

Stage Corps et Terre

https://manonclouzeau.com/stage/


 













vendredi 7 avril 2017

L'enfant et la carte du monde

Source : http://l-illusion-du-handicap.over-blog.com/2017/03/l-enfant-et-la-carte-du-monde.html



C'est une petite fille de huit ans et sa mère, une scientifique, qui cherche à résoudre les problèmes de l'humanité.
L'enfant entre dans le bureau et tire la manche de son parent en disant :
- Je veux t'aider.
Sa mère la renvoie :
- Non, s'il te plait va jouer, j'ai beaucoup de travail.
Mais la petite insiste.

Il y a sur la table une revue avec une carte du monde.
Alors la mère prend la carte et avec des ciseaux elle la découpe en tout petits morceaux qu'elle lui remet avec un pot de colle :
- Voilà essaie de reconstruire le monde.
La mère croit occuper sa fille pour une dizaine de jours, mais après deux heures, la fille a résolu le problème.
- Comment as-tu pu faire cela ?

- Eh bien maman j'ai vu que de l'autre côté de la carte, il y avait la figure d'un humain.
Le monde je ne le connais pas, mais l'humain, si.
Alors j'ai retourné tous les petits papiers et j'ai d'abord reconstruit l'humain.
Puis, j'ai retourné le papier et le monde était reconstruit.

Jean-Pierre Brouillaud




jeudi 16 mars 2017

Regarder


"Nous sommes nés pour regarder et écouter ce monde.
Alors même sans réussir sa vie, on peut y trouver un sens."

Tokue, 70 ans, dans le film "Les délices de Tokyo"


lundi 6 mars 2017

C’est un mouvement mutuel entre l’enfant et nous

Source : http://parents-heureux-enfants-heureux.com/leducation-aujourdhui-interview-de-brigitte-cassette-spcialise-dans-laccompagnement-des-personnes-en-recherche-ducative/

Brigitte Cassette :

"... j’ai surtout découvert que je ne pouvais pas éduquer sans me remettre en cause moi personnellement. C’est vraiment sur ce chemin là que je suis allée. Dans le sens que l’éducation que je vais donner à mon enfant me renvoie à moi, à ma propre éducation et à mes propres mécanismes. C’est plus ça que j’ai envie de développer, de promouvoir, je ne sais pas le mot qui serait juste mais c’est de dire en fait l’éducation qu’on va donner c’est aussi notre propre éducation qu’on est en train de faire, c’est à dire que c’est un mouvement mutuel entre l’enfant et nous. C’est quelque chose qui ne va pas dans un sens, c’est dans les deux sens. C’est à dire que l’enfant m’apprend et je lui apprends et à ce contact là ; de ce fait là je me transforme."


Le développement psycho-sexuel de l’enfant de 0 à 6 ans

Plein d'évidences qui n'en sont pas ! Un autre sujet d'apprentissage de soi.

Enfant : découvrir, jouer, connaître, accepter, ne pas intégrer de tabou ni d'injonction...
Parent : accueillir, célébrer, mettre des mots, accompagner, prendre le temps...


Source : http://parents-heureux-enfants-heureux.com/developpement-psycho-sexuel/



Site de Stéphanie Agrain : http://www.sarae.info

jeudi 16 février 2017

Cycles

Source : Kaizen
par Art-Mella

Bon, juste je ne garderai pas le côté "progression" vers le haut... juste des cycles.
Les saisons ne progressent vers rien, elles passent, elles sont.




dimanche 12 février 2017

Zèbré !

Et voilà... quand tout s'éclaire, du passé et du présent ;-))
Et les mots les plus justes me semblent être : zèbre, neuro-atypique, intensive world syndrom







Attendons-nous trop ou pas assez des enfants ?

Source : OVEO

Par Alfie Kohn
Titre original : Do Our Expectations of Kids Aim Too High or Too Low? (septembre 2016)
Traduction : Catherine Barret. (Les liens sont ceux de l’article d’origine, sauf un lien non sécurisé et version française d’un livre.)



On reconnaît souvent les parents et les enseignants de la vieille école au fait qu’ils ne parviennent pas à comprendre ce que les enfants sont ou non capables de faire ou de comprendre, à leur fournir le soutien dont ils ont besoin et le respect qu’ils méritent. Mais cela signifie-t-il qu’ils sous-estiment les enfants, ou qu’ils les surestiment ? La réponse est moins évidente qu’on ne pourrait le penser, et plus intéressante.

Revenons un peu en arrière. Je pars du principe qu’il est logique d’adopter avec les enfants une attitude que j’ai appelée « faire avec » (travailler avec eux) – par opposition à « faire à » (leur faire quelque chose pour obtenir un résultat donné). Cela suppose de compter sur l’amour et la raison, de voir les enfants comme autre chose qu’un ensemble de comportements à gérer et à manipuler, et de traiter les actions gênantes comme des problèmes à résoudre (ou, si on veut, des occasions d’enseigner) plutôt que des infractions à punir.

Les tenants de l’éducation traditionnelle soulèvent cette objection : les enfants ne sont pas encore capables de raisonner ni de comprendre les conséquences à long terme, il faut donc leur dire ce qu’ils ont à faire, et recourir aux récompenses et aux punitions pour s’assurer qu’ils se socialisent bien. De fait, ils invoquent le développement limité des enfants pour justifier la nécessité de « leur faire » quelque chose. Le paradoxe est ici que la plupart des psychologues et éducateurs qui s’intéressent au développement de l’enfant et comprennent comment les capacités des enfants évoluent avec l’âge rejettent ce conseil.

L’argumentation de ces spécialistes du développement (qui est aussi la mienne) est la suivante : aucun enfant n’est trop jeune pour être traité avec respect. Le point de vue d’un enfant doit être pris au sérieux, ses choix respectés autant que possible. Bien sûr, l’immaturité des jeunes enfants peut exiger de nous davantage de patience. Et, oui, ils ont peut-être besoin de davantage de protection, de structuration, de suivi et de consignes de notre part. Mais rien de tout cela ne justifie que l’on s’appuie sur le contrôle et que notre but principal soit d’obtenir une obéissance aveugle. Être parent ou enseignant de très jeunes enfants en travaillant avec eux est peut-être un défi, mais ce n’est pas irréaliste. (J’ai suggéré des façons de faire dans mon livre Aimer nos enfants inconditionnellement], et d’autres l’ont fait également, y compris des spécialistes de la petite enfance comme Magda Gerber [livres non traduits en français] et Alicia Lieberman.)

Nous pouvons même aller plus loin. La façon dont nous traitons les petits enfants a un impact sur leur développement. Lorsque nous leur imposons notre volonté (sous prétexte de leur immaturité), nous rendons moins probable l’acquisition des dispositions sociales et morales dont nous avons utilisé l’absence pour justifier un tel traitement. Si nous voulons qu’ils prennent en considération les besoins et le point de vue d’autrui, nous devons les guider en douceur pour qu’ils y parviennent. Si nous voulons qu’ils comptent davantage sur la coopération que sur le pouvoir, nous devons leur donner l’exemple de notre propre relation avec ces deux façons d’agir. À l’inverse, lorsque nous récompensons l’obéissance et punissons la désobéissance, nous rendons toujours plus difficile le développement en eux de l’empathie et d’un mode de raisonnement tourné vers les autres. Que cela prenne du temps d’atteindre ces objectifs ne signifie pas que l’on doive partir dans la direction opposée.

Tenter de justifier l’approche du « faire à » sous prétexte que les enfants sont trop jeunes pour qu’on puisse « faire avec » eux est paradoxal pour une autre raison encore. Les parents et les enseignants qui punissent surestiment probablement les capacités des jeunes enfants – au sens où ils ne tiennent pas compte des limitations inhérentes à leur stade de développement. Soit ils ne comprennent pas, soit ils nient purement et simplement l’impossibilité pour un enfant de manger proprement, de rester tranquille dans un lieu public ou de dire toujours la vérité avant un certain âge. Les jeunes enfants ne possèdent pas encore les capacités qui permettraient raisonnablement de les tenir pour responsables de leur comportement comme on le ferait pour un adulte ou même un enfant plus âgé.
Les études de plusieurs chercheurs des universités du Texas et de New York ont confirmé que les parents qui, comparés à d’autres, « attribuent des compétences et une responsabilité plus grandes aux enfants qui se comportent mal », ont plus de chances de se mettre en colère contre eux, de les juger et de les punir. De fait, ces parents contrariés par ce qu’ils estiment être un comportement inapproprié réagissent en s’en prenant à des petits enfants parce qu’ils sont ce qu’ils sont – un spectacle auquel il est souvent douloureux d’assister. À l’inverse, les parents qui comprennent les limites dues au développement de l’enfant tendent à réagir aux mêmes actes en préférant « expliquer et raisonner l’enfant calmement ».

Alors, qu’en est-il ? Les parents qui ont l’attitude « faire à » plutôt que « faire avec » ont-ils tendance à surestimer les enfants, ou à les sous-estimer ? Sont-ils capables de justifier rationnellement leurs méthodes éducatives à l’ancienne dans un sens ou dans l’autre ? Ou bien sont-ils en quelque sorte coupables des deux excès à la fois ?
*
Le même dilemme se pose à l’école. On le ressent d’abord dans la façon dont les contrôles sont standardisés. La plupart des enseignants peuvent facilement citer plusieurs élèves qu’ils savent très intelligents et qui ont pourtant de mauvais résultats aux contrôles. Si on les questionne plus avant, ces enseignants penseront peut-être à d’autres élèves qui obtiennent de très bons résultats aux contrôles, mais dont l’esprit critique et la créativité n'ont rien de remarquable. Les résultats des contrôles surestiment donc les capacités réelles de certains enfants tout en sous-estimant celles des autres – sans doute parce que les contrôles ont tendance à évaluer les types de pensée les moins essentiels. De fait, plusieurs études [citées dans mon livre The Case Against Standardized Testing. Raising the Scores, Ruining the Schools ["Contre les contrôles standardisés, ou comment faire monter les notes en détruisant l’école", non traduit en français] ont montré une corrélation significative entre bonnes notes à un certain nombre de contrôles et manque de profondeur dans la façon d’apprendre. Considérons par exemple la façon traditionnelle d’enseigner les mathématiques. D’un côté, la capacité des enfants à inventer des solutions est systématiquement réprimée du fait qu’on leur enseigne des procédures particulières (et qu’on les oblige à s’en servir). De l’autre, on enseigne souvent aux enfants des concepts qui dépassent le niveau de compréhension de leur âge, comme si le seul fait de la pratique répétitive suffisait à les rendre compréhensibles. Ainsi, les élèves finissent par commettre des erreurs absurdes parce qu’ils ne comprennent pas – et, à un certain âge, ne peuvent pas comprendre – des concepts tels que la « valeur de position »1.

La tendance à sous-estimer les enfants – à ne pas tenir compte de leurs observations et de leurs solutions, souvent remarquables – est couramment critiquée par les éducateurs progressistes et par ceux qui défendent l’idée d’une école centrée sur l’enfant. On ne rend pas justice aux enfants ! Mais la tendance à les surestimer, qui va bien au-delà des mathématiques, mérite aussi notre attention. De même qu’un parent punitif peut ne pas tenir compte de la capacité limitée d’un jeune enfant à mémoriser, à différer la gratification ou à supporter la frustration, un enseignant de la vieille école peut, au nom de la « rigueur » ou pour « fixer aux élèves des objectifs élevés à atteindre », avoir une conception irréaliste de ce qu’un jeune enfant est capable de maîtriser. Par exemple, demander à un enfant de cinq ans d’avoir une orthographe correcte signifie qu’on ne comprend pas que les enfants acquièrent le langage progressivement, d’une manière prévisible et à laquelle on peut s’adapter. À cause de cela, apprendre à écrire devient pour eux une expérience éprouvante.

Lilian Katz, spécialiste connue de l’éducation des jeunes enfants, a une formule remarquable pour résumer la question. Elle dit que nous surestimons les enfants d’un point de vue scolaire tout en les sous-estimant intellectuellement. Je trouve cette distinction entre « scolaire » et « intellectuel » éclairante en soi. Elle rend compte du fait que, la plupart du temps, l’école se focalise sur une réussite basée sur des résultats factuels dont la valeur est surestimée, et qui ne mérite pas d’être qualifiée d’« intellectuelle » (même lorsqu’on adapte l’usage de ce mot à des enfants d’âge préscolaire). En faisant le pas supplémentaire d’appliquer cette distinction à la question qui fait l’objet de cet article, Katz propose une solution intéressante au mystère dont je parlais plus haut, à savoir comment l’approche traditionnelle peut à la fois surestimer et sous-estimer les enfants.
Bien sûr, la différence entre « scolaire » et « intellectuel » a moins de sens s’agissant des pratiques parentales. Mais, là aussi, les enfants sont mal compris de deux manières diamétralement opposées. Lorsque nous faisons vraiment attention à eux, que nous considérons de quoi ils sont capables ou non, de quoi ils ont besoin plutôt que simplement ce que nous attendons d’eux, nous avons beaucoup plus de chances d’apprécier leurs capacités en évitant à la fois de trop leur en demander et de les prendre pour des imbéciles.

vendredi 3 février 2017

Ce qui nous rassemble est plus important que nos différences






Il est très facile de ranger les gens dans des cases. Après tout, nous avons tous des caractéristiques fortes qui nous distinguent les uns des autres. Seulement voilà, ces cases, elles ne valent rien du tout ! Pourquoi ? Parce que derrière les quelques différences visibles qui nous séparent se cache en vérité une infinité de points communs discrets mais essentiels. Tel est le magnifique enseignement de cette expérience sociale authentique et bouleversante.
Lire la suite  

jeudi 12 janvier 2017

Introduction aux cercles restauratifs - Dominic Barter

Source : cerclesrestauratifs.org

Les Cercles permettent de mettre en place, au sein d’une communauté, un moyen pour vivre les conflits dans un espace sécurisé, en ayant accès, par une forme de relation respectueuse de chacun, à l’humanité des personnes.

Introduction aux cercles restauratifs (French) from Restorative Circles on Vimeo.

mercredi 11 janvier 2017

Les différences invisibles

Source : émoiémoietmoi
Source : Delcourt

Une super-be BD : touchante, drôle, éclairante ;
qui parle d'abord de l'autisme Asperger ;
mais aussi d'altérité, du droit d'être soi, du besoin d'identité (pour soi), du besoin de ne pas être défini (par les autres), de la normalité et de la normalisation, du monde du travail...

Et cette sensibilité particulière des Asperger, m'a fait penser à cette phrase :
"Ce n'est pas signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade"
(J. Krishnamurti)

IL ou ELLE

Source : France5


Leur parole est rare... Pour la première fois, cinq adolescents transgenres racontent la bataille acharnée qu’ils mènent pour se sentir eux-mêmes et être reconnus dans leur identité. Léna, Lucas, Eléna, Bas et Connor en ont la certitude depuis leur plus jeune âge : ils ne sont pas nés avec le bon sexe dans le bon corps. « Il y a eu une erreur d’attribution », disent-ils. Ce sentiment de ne pas être eux-mêmes les enferme dans une adolescence pavée de souffrances. Entre rejet familial et errance médicale, leur parcours révèle leur combat pour trouver une issue à leur mal-être.

74' - écrit par Lise Barnéoud et Lorène Debaisieux, réalisé par Lorène Debaisieux - production Morgane avec la participation de France Télévisions


Bande-annonce : Le monde en face - Devenir il... par france5


"Je ne changerai rien à mon parcours" - extrait... par france5



"Notre corps commence à évoluer de la mauvaise... par france5


Elena "Je me voyais en fille" -extrait de... par france5


"Le prisme de l'identité est beaucoup moins... par france5



Groupe de parole - extrait de Devenir IL ou ELLE par france5


"Dès qu'on est différent, c'est problématique... par france5  



"Profiter de l'été pour laisser vivre Bas comme... par france5


 

lundi 9 janvier 2017

Deux manières efficaces de lutter contre la violence éducative ordinaire (VEO)

Source : apprendreaeduquer.fr


Deux manières efficaces de lutter contre la violence éducative ordinaire (VEO)


Nous sensibiliser aux formes fines et subtiles d’humiliation d’un enfant est le seul moyen de nous aider à acquérir ce respect pour l’enfant dont celui-ci a tant besoin dès le premier jour de sa vie pour pouvoir se développer psychiquement. Il existe différentes façons de parvenir à cette sensibilisation : par exemple, observer les situations où se trouvent des enfants inconnus en essayant de se mettre à leur place, et, surtout, apprendre à montrer de l’empathie pour son propre destin. – Alice Miller

1. Observer des enfants inconnus en essayant de se mettre à leur place

Cette observation peut se faire en repensant à notre propre enfant intérieur et en réfléchissant à la manière dont nous, en tant qu’adultes, réagirions aux paroles/ gestes émis par les adultes aux enfants.
Alice Miller écrit que mépriser le plus petit, le plus faible est le meilleur rempart contre l’irruption du sentiment de notre propre impuissance. La personne forte, qui connaît son impuissance parce qu’elle l’a reconnue, exprimée et vécue, n’a pas besoin de se prouver sa force par le mépris.
>>> Voir cet article : La meilleure façon de s’adresser aux enfants : se souvenir de notre enfant intérieur !

2. Montrer de l’empathie pour son propre destin

La plaie sans doute la plus profonde – ne pas avoir été aimé tel qu’on était – ne peut guérir sans travail de deuil. – Alice Miller
le drame de l'enfant doué

Dans « Le drame de l’enfant doué », Alice Miller écrit que cette plaie peut être bridée par des mécanismes de défense (dépression, compulsion de répétition, névrose obsessionnelle, perversion…). Les réactions méprisantes des parents face au comportement de l’enfant sont enregistrées en lui sous forme de souvenirs inconscients et emmagasinés dans son corps. L’horreur, le dégoût, l’angoisse ont souvent été déclenchés chez le parent par des conduites pourtant naturelles de l’enfant (activités auto-érotiques par exemple ou colère devant l’échec).
C’est seulement que l’enfant devenu adulte sera prêt à laisser émerger ses sentiments de honte et de peur, et à les vivre, qu’il apprendra ce qu’il a subi dans l’enfance. Des activités naturelles et innocentes, des émotions normales et réparatrices le faisaient se sentir vulgaire, voire sale.
On ne peut se débarrasser de quelque chose d’inconscient par des proclamations ou des interdictions. On ne peut que s’y sensibiliser, pour le reconnaître, le vivre consciemment et ainsi le maîtriser. Une mère ne peut respecter son enfant tant qu’elle ne sent pas combien une simple remarque ironique, destinée à masquer son propre manque d’assurance, peut être humiliante pour lui. Mais elle ne peut sentir combien son enfant se sent humilié, méprisé et dévalorisé devant elle si elle-même n’a jamais vécu consciemment ces sentiments et a plutôt cherché à s’en défendre par l’ironie. – Alice Miller
La nécessité intérieure de bâtir sans cesse de nouvelles illusions et de nouveaux dénis pour éviter de vivre notre propre vérité disparait une fois que cette vérité a été exprimée, ressentie, mise en mot et en pleurs, vécue. Alice Miller écrit que nous voyons alors que nous avons redouté quelque chose toute notre vie, mais que nous nous sommes défendus contre quelque chose qui ne pleut plus arriver car c’est précisément déjà arrivé et ceci dans notre enfance (alors que nous étions dépendants de nos parents et sans défense).
Cette empathie pour notre propre destin est un long et douloureux processus.
Si, grâce à un long processus, un individu parvient à vivre le fait qu’enfant, il n’a jamais été aimé pour lui-même, il subira de grands bouleversements intérieurs mais c’est à cette condition qu’il pourra connaître son vrai Soi.
Se libérer de la souffrance disproportionnée (et notamment d’un état dépressif) ne mène pas à la joie permanente ni à la complète absence de souffrance, mais à la vie – c’est-à-dire à la liberté de vivre ses sentiments spontanés. Parce que la vie a de multiples aspects, ces sentiments ne peuvent être toujours gais, « beaux » et « bons », mais reflètent toute la gamme de l’humain : envie, jalousie, colère, désespoir, tristesse…
L’accès à notre vrai Soi est possible une fois que nous avons compris et vécu ce qui nous avait dés-axé. Vivre notre douleur et faire preuve d’empathie pour nous-même permet de vivre des relations avec nos enfants plus saines : quand nous faisons preuve de mépris, d’irrespect pour les enfants, nous nous protégeons contre des sentiments évoquant notre propre histoire. Quand nous mettons à jour notre histoire, nos émotions refoulées, quand nous reprenons du pouvoir sur nous-même, nous n’avons plus « besoin » de dominer et de faire preuve de mépris, d’humilier.
Ce travail peut se faire à l’aide d’un professionnel.
………………………………………………………..
Source : Le drame de l’enfant doué, à la recherche du vrai Soi d’Alice Miller.

vendredi 6 janvier 2017

Jon Palais : Les deux faces de la non-violence

Source : Kaizen

Jon Palais : Les deux faces de la non-violence


Jon Palais est l’un des porte-parole d’Alternatiba et d’ANV-COP211 (Action non‑violente COP21). Il manie l’énergie des propositions et la force de l’opposition comme le yin et le yang pour préserver notre planète et construire une autre société. La non-violence est au cœur de cette double démarche. Rencontre avec un enragé de nature.

Jon Palais
Jon Palais © Patrick Lazic / Kaizen

Pascal Greboval : Comment devient-on l’un des porte-parole d’Alternatiba et d’ANV-COP21 ?

Jon Palais : C’est la conjugaison d’un parcours personnel et politique. Je me suis toujours senti proche de la nature et j’ai très vite été inquiété par la disparition de certaines espèces. J’ai commencé à militer à Greenpeace en 2006. À la même époque, j’ai revu le film de Richard Attenborough sur Gandhi [Gandhi, 1982], qui m’a convaincu de la légitimité de l’action non violente. Les actions directes non violentes créent des situations de confrontation : on s’interpose pour bloquer un convoi ou un chantier, par exemple, ce qui engendre un conflit. Mais le conflit n’est pas la violence : c’est la façon dont il se déroule qui peut dégénérer en violence, ou a contrario évoluer de manière positive. Si on désamorce la tension et la violence, si on capte l’attention, alors le dialogue peut s’installer. À partir de 2011, j’ai milité aussi auprès de l’association altermondialiste Bizi !, au Pays basque. C’est à ce moment que j’ai compris que la bataille du climat était centrale. Cette lutte conditionne non seulement les enjeux environnementaux et de justice sociale, mais aussi les enjeux de démocratie, de paix, et même de survie de l’humanité. C’est en comprenant cela que j’ai participé, avec Bizi !, au lancement d’Alternatiba, puis d’ANV-COP21, deux dynamiques de mobilisation citoyenne pour le climat.
En parallèle, en 2009, alors âgé de 30 ans, j’ai commencé à avoir des crises de spondylarthrite ankylosante, une maladie auto-immune que les médecins m’expliquaient chaque fois d’une manière différente. Mon état empirait, j’avais de plus en plus de mal à marcher : ma vie prenait un tournant radical. Le déclic est venu d’un médecin revenu d’Inde, où il avait étudié la médecine ayurvédique. Il ne parlait pas de « maladie », car il s’agit de notre propre organisme qui se met à produire des anticorps qui se retournent contre lui. Selon ce médecin, si le corps et l’esprit sont capables de créer ce dysfonctionnement, ils sont aussi capables de faire l’inverse. Il m’a dit qu’il fallait comprendre les raisons pour lesquelles mon corps avait déclenché cela. J’ai pris conscience que je reproduisais dans mon propre organisme ce que j’observais et que je ne supportais pas : l’être humain détruisant la nature dont il fait partie. J’ai quitté la ville, adopté une alimentation spécifique [régime hypotoxique] et, peu à peu, je me suis rétabli, contre les pronostics de la plupart des médecins que j’avais consultés.

Quelles ont été vos motivations pour créer Alternatiba ?
L’idée est née en 2012 au sein de l’association Bizi !. Nous nous sommes demandé comment nous pourrions lancer un rassemblement citoyen pour le climat dans la perspective de la COP21. La difficulté à mobiliser sur ce sujet tenait à la manière dont on en parlait. Les explications scientifiques suscitaient soit de l’indifférence, soit un sentiment d’impuissance, qui ne débouchaient pas sur l’engagement et l’action. Avec le projet Alternatiba [« alternative » en basque], on a voulu aborder la question du dérèglement climatique non pas sous l’angle des problèmes, mais sous celui des réponses, dans tous les domaines de la vie quotidienne : transports, alimentation et agriculture, économie, énergie, habitat… En octobre 2013 est alors né le Village des alternatives, à Bayonne. Le temps d’une journée, on a transformé les places, parkings et rues en lieux d’exposition où l’on pouvait découvrir toutes ces solutions dans des espaces thématiques. Dans les deux ans qui ont suivi, 107 Villages des alternatives ont été organisés en France et en Europe !

Comment s’articulent les propositions de solutions concrètes d’Alternatiba et la force d’opposition d’ANV-COP21 ?
Nous appelons ça « les deux jambes » : les alternatives et la résistance sont liées. On ne peut pas se contenter d’empêcher la construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, l’exploitation du gaz de schiste ou le développement de l’énergie nucléaire, sans mettre en même temps en avant des solutions, car il ne s’agit pas seulement de stopper un modèle, il s’agit de le remplacer par quelque chose ! À l’inverse, on ne peut pas non plus se contenter de développer des alternatives, parce que le système capitaliste détruit notre planète très rapidement. Dans l’action non violente, la dimension constructive et la dimension d’opposition ne sont pas fondamentalement différentes. Même une action d’interposition, qui exerce une certaine forme de contrainte, est une action positive et constructive, puisqu’elle permet de se faire reconnaître comme interlocuteur, de favoriser les conditions du dialogue, d’agir dans le respect des personnes et de chercher à faire changer les états d’esprit. Ce n’est pas une idée nouvelle : Gandhi marchait déjà sur ces « deux jambes »… Prenons l’exemple des actions qu’il avait impulsées contre le tissu industriel britannique. Il y avait d’un côté le boycott, qui visait à saper les sources financières de l’Empire britannique en Inde. Et, d’un autre côté, Gandhi appelait les Indiens à reprendre l’usage du rouet, instrument traditionnel indien pour filer le coton. Cet objet ancien est ainsi devenu un symbole de résistance, de fierté et de réappropriation de l’économie indienne. Gandhi avait compris qu’il ne fallait pas seulement combattre le pouvoir britannique, mais aussi reconstruire l’Inde.

Quel regard portez-vous sur les mouvements qui ne proposent que l’une ou l’autre de ces formes d’action ?
Je n’ai pas l’impression qu’il y en ait beaucoup à ne proposer que l’une ou l’autre. Quand j’écoute Pierre Rabhi, par exemple, j’entends un message qui ne fait pas l’économie d’un diagnostic sur le manque de sens du modèle qui nous est proposé. Il regarde les choses en face, il dénonce la destruction de l’environnement et la perte de sens dans nos vies. Et pourtant, on ne reçoit pas ce message de manière négative, car il parle aussi de ce qui est positif et de ce que nous pouvons faire, et, surtout, l’ensemble est mis dans une perspective de changement. De même, à Notre-Dame-des-Landes, la lutte est très marquée par l’opposition au projet d’aéroport, mais il y a aussi beaucoup de projets qui sont développés sur place et qui sont mis en avant. Il y a une critique systémique contre l’aéroport et son monde, mais il y a bien aussi la proposition d’un autre monde.

Vous parlez de la nécessité de mettre en place des solutions radicales, mais comment concilier un mouvement populaire avec la radicalité ?
Nous devons changer nos modes de vie et nos modes de production radicalement, à l’échelle planétaire et dans un délai extrêmement court. Il va donc falloir que tout le monde change, et c’est pour cela que nous pensons que c’est un mouvement citoyen de masse, populaire, qui doit relever ce défi, et pas seulement des activistes écologistes. La dimension populaire et la dimension radicale peuvent être en contradiction, mais il faut justement trouver un moyen de les concilier. Car si on propose des changements radicaux sans se soucier de la manière dont ils peuvent être acceptés par la population, on ne pourra pas enclencher de mouvement de masse. À l’inverse, si on ne dit que ce que la plupart des gens veulent entendre, on peut éventuellement susciter une large adhésion populaire, mais qui ne pourra pas aboutir aux changements radicaux dont on a besoin pour empêcher le chaos climatique. Prétendre par exemple qu’on peut remplacer toute l’énergie des combustibles fossiles et nucléaires par des énergies renouvelables, sans revoir notre mode de consommation, c’est mentir. Il faut donc expliquer en quoi la sobriété heureuse permettra de vivre bien, et même mieux avec moins d’énergie.

Il y a une forme d’injonction dans le « il faut », qui peut rebuter. On réagit mieux et plus vite à une invitation au plaisir de faire les choses. Comment concilier cette injonction et un engagement individuel déclenché par le plaisir ?
Chez Alternatiba comme chez ANV-COP21, on n’a jamais pris de gants pour poser le diagnostic très grave de la situation. Mais notre message s’accompagne de propositions d’actions très concrètes qui font sens et qui suscitent l’espoir. Alors le choc du diagnostic se transforme en réaction positive et en engagement. Ensuite, c’est la dimension collective de l’action qui renforce la motivation. Le sentiment d’impuissance et le fatalisme ambiants tiennent en partie au fait que les propositions de changement à l’échelle individuelle apparaissent vite comme des gestes contraignants et surtout dérisoires par rapport à la situation globale. Alors que dans une démarche collective, ces actions sont beaucoup plus motivantes, enrichissantes et épanouissantes. Prenez le covoiturage ou les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Les actions non violentes d’opposition fonctionnent de la même manière. On ne peut pas affronter seul tout un système, mais notre détermination est multipliée quand on voit qu’un grand nombre de personnes s’engagent dans la même action que nous.

Comment concilier radicalité et démocratie ? Par exemple, le consensus est-il utilisé au sein d’un mouvement comme Alternatiba ?
Alternatiba essaie d’allier la démocratie et l’efficacité dans ses prises de décision. Plus un fonctionnement est démocratique, et plus il requiert de la méthode ; et plus une méthode est complexe, plus elle requiert de la discipline ! Les réunions d’Alternatiba sont donc marquées par la méthode et la discipline : elles commencent et se terminent à l’heure, les points des ordres du jour sont minutés, les participants demandent la parole et attendent leur tour avant de s’exprimer, ils utilisent des signes visuels comme ceux des Indignés espagnols ou de Nuit debout pour fluidifier les discussions, etc. Le mode de prise de décision au consensus est celui qui permet le plus la construction d’une vision commune, mais c’est aussi celui qui demande le plus de temps. Si on utilisait ce mode de fonctionnement pour toutes les décisions, y compris la police de caractères à utiliser sur une affiche, on tuerait la démocratie, car on n’aurait alors plus le temps d’approfondir les questions qui ont une réelle importance politique et stratégique. Or la démocratie sert aussi à ce que chacun puisse s’approprier les enjeux d’une décision, et cela prend du temps, surtout pour un mouvement comme Alternatiba, dans lequel il y a beaucoup de personnes qui vivent leur première expérience militante. Il convient donc d’utiliser des modes de décision plus rapides – comme le consentement ou le vote – pour les sujets moins importants. Il n’y a donc pas de système de décision parfait dans l’absolu. La démocratie est toujours à construire, et son art est de savoir adapter les modes de prise de décision à différentes situations.

Y a-t-il des frontières morales, philosophiques ou citoyennes au-delà desquelles on peut recourir à la désobéissance civile ?
La désobéissance civile repose sur une conception du rôle du citoyen, dans une démocratie, qui consiste non pas à obéir aux lois de manière aveugle, mais à faire ce qui est juste. Or les lois ne sont pas toujours justes, ou suffisantes pour garantir la justice. On l’a vu à propos des OGM : les lois ne permettaient pas de nous protéger de la contamination génétique ; on le voit sur l’évasion fiscale : les lois ne permettent pas de combattre ce fléau de manière efficace. Face à de telles situations, la désobéissance civile consiste à mener des actions illégales, non pas pour rejeter le principe de la loi, mais au contraire pour demander que la loi soit plus juste. Mais ce qui semble juste aux uns peut sembler injuste à d’autres. C’est pourquoi les actions de désobéissance civile doivent susciter un débat et aller dans le sens de la démocratie, notamment en étant menées de manière non violente.
En 2015, quarante actions de réquisition citoyenne de chaises ont été menées dans des banques impliquées dans le système de l’évasion fiscale, par des mouvements comme Bizi !, Attac, Les Amis de la Terre, ANV-COP21 et les Jedi for Climate. Bien sûr, c’est illégal, mais cela permet de révéler une situation d’injustice qui concerne l’ensemble de la société. Chaque année, en France, 60 à 80 milliards d’euros sont détournés des finances publiques à cause de l’évasion fiscale. Nous sommes à un moment de l’histoire de l’humanité où nous devons révolutionner notre mode de vie à l’échelle planétaire en quelques années. Cela demande l’engagement de tout le monde, de l’inventivité, de la coopération, de la solidarité et des moyens financiers. Or les grandes banques qui organisent l’évasion fiscale font exactement l’inverse : elles permettent aux plus grandes fortunes et aux plus puissantes entreprises de ne pas participer à l’effort collectif, renforcent le chacun pour soi et nous privent de l’argent qui pourrait financer la transition sociale et écologique. Dans ces conditions, prendre quelques chaises dans les agences pour exprimer notre refus de cette situation, c’est certes une action illégale, mais légitime, et responsable. Suite à l’une de ces actions et à une plainte de la BNP, je suis convoqué au tribunal de Dax, le 9 janvier 2017, pour « vol en réunion ». Je serai défendu par Eva Joly, qui sera mon avocate, et l’objectif sera de faire valoir la légitimité de l’action et le fait qu’elle a été menée pour l’intérêt général. Des organisations associatives et syndicales appellent à se mobiliser massivement à Dax ce jour-là pour organiser un autre procès en parallèle : celui de l’évasion fiscale !

On voit souvent que les manifestations, les rassemblements de masse, sont propices à des formes d’excitation ou de laisser-aller. Comment se prémunir d’éventuels dérapages ? La méditation est-elle un outil utilisé dans les groupes ?
C’est une question qu’on s’est posée avant la COP21. On savait qu’il y aurait des rassemblements massifs, et on avait vu lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes en février 2014 que la situation pouvait dégénérer en affrontements entre des activistes qui avaient choisi l’action violente et les forces de l’ordre. La violence à Sivens était allée jusqu’à faire un mort [Rémi Fraisse] parmi des militants pacifiques en octobre 2014. On redoutait que cette mécanique se renouvelle à l’occasion des mobilisations autour de la COP21. Il suffit qu’un petit nombre de personnes utilisent la violence pour que la dimension non violente de l’ensemble de l’action soit compromise. Nous avons lancé le mouvement ANV-COP21 pour organiser des actions non violentes pendant la COP21, mais surtout pour poser les bases d’un mouvement à la Martin Luther King. Un mouvement citoyen de masse, à la fois radical et populaire, non violent et déterminé, qu’on pourrait continuer de construire après la COP21. La première chose nécessaire était d’affirmer notre ligne stratégique 100 % non violente. En France, cela suscite beaucoup de réticences. On l’a vu à l’occasion des Nuits debout, où certains étaient pour la non-violence, et d’autres pour l’action violente. Une sorte de compromis est alors souvent appliqué : chacun fait comme il le souhaite. Sauf que si l’action violente n’est pas compromise par l’action non violente, l’inverse n’est pas vrai ! La deuxième chose importante, c’est que la non-violence demande de la formation. Dans une situation où l’on subit de la violence, il est spontané d’y répondre par la violence ; il faut donc se préparer. Cela demande aussi de définir précisément des critères d’action, car chacun a sa propre appréciation de ce qui est violent ou pas. ANV-COP21 définit ainsi un ensemble de critères qui permettent de situer quel type d’action va être mené, qui exclut notamment la violence physique, mais aussi la violence verbale, ainsi que les dégradations matérielles qui ne seraient pas décidées collectivement et assumées publiquement. ANV-COP21 ne prétend pas que c’est une définition universelle de la non-violence, mais une proposition de cadre pour mener une action de manière collective. Enfin, il faut s’être préparé à réagir au cas où, malgré tout, des personnes rejoindraient l’action dans l’objectif d’utiliser la violence, sans l’adhésion des organisateurs ni des autres participants. Si un tel cas se présentait, on tenterait d’abord de les dissuader d’intervenir par la discussion, en expliquant que le mouvement auquel elles participent a choisi la stratégie de l’action non-violente. Si des actions violentes ont néanmoins lieu, il s’agirait alors de s’en dissocier, en s’éloignant et en levant les mains en signe de non-violence. À ce stade, il faut éviter que sur les images l’action non violente puisse être confondue avec les actions violentes. En utilisant cette méthode, ANV-COP21 a impulsé trois jours d’actions non violentes pour perturber un sommet de pétroliers à Pau en avril 2016. Un millier de personnes ont participé à des actions très diversifiées, comme une chaîne humaine dans laquelle les enfants étaient les bienvenus, un die-in géant, un concert sauvage, ainsi que des actions directes d’interposition pour empêcher physiquement la tenue du sommet. Le résultat a été très étonnant, car on pouvait voir à la fois des centaines de personnes renversant des barrières de sécurité et débordant des lignes de police avec des boucliers en mousse, sans blesser personne, mais aussi, en pleine perturbation du sommet, des discussions entre les activistes et les policiers, et entre les activistes et les pétroliers. C’est un bon exemple de la capacité de l’action non violente à rassembler différents publics.

Dans le contexte d’urgence où nous sommes, ne serait-il pas plus efficace d’agréger davantage les mouvements disparates pour avoir plus de voix et d’impact dans les actions menées ?
Cela fait partie de nos préoccupations, tant à Alternatiba qu’à ANV-COP21 : comment faire en sorte que nos mouvements n’apportent pas encore un peu plus de division en s’ajoutant aux autres, comment être un élément complémentaire qui vienne poursuivre les actions déjà menées ? Ce sont des questions sur lesquelles on avance au fur et à mesure, en rencontrant les autres associations, en voyant avec elles quels types d’actions il est possible de mener ensemble. À l’origine, l’objectif d’Alternatiba était de rassembler tous les acteurs qui agissaient déjà dans chaque thème, de fédérer les mouvements. On est donc pleinement dans la coopération, dans la synergie. On se pose également ces questions pour ANV-COP21 : nous ne sommes pas les seuls à mener des actions non violentes, à nous préoccuper du climat, certes. Mais ce qui manque en France aujourd’hui, c’est la capacité de mener des actions non violentes de masse. Lorsqu’on a perturbé le sommet des pétroliers à Pau, on n’était pas des experts du forage en mer, il y a des associations qui connaissaient bien mieux le sujet que nous. Mais on a mis en œuvre un mouvement qui permettait d’organiser des actions de masse, on a fédéré les associations, chacune est venue expliquer les enjeux, les objectifs atteignables dans son propre domaine. Ce qui nous caractérise de manière générale, c’est d’être un dénominateur commun. Si on place le climat au cœur de notre mouvement, c’est parce qu’on a compris, en écoutant les discours scientifiques, que la question climatique est celle qui conditionne tous les autres enjeux – océans, forêts, biodiversité, paix, démocratie, justice sociale, etc. Toutes ces batailles ne seront pas les mêmes dans un monde à + 0,85 °C, + 2 °C ou à + 4 °C. C’est parce que nous sommes des militants pour la justice sociale et pour la démocratie que nous sommes des militants climatiques. Alternatiba et ANV-COP21 doivent être par nature des mouvements de symbiose, le climat étant ce qui rassemble et ce qui concerne tout le monde.

Parvenez-vous personnellement à vivre en cohérence avec les mouvements dans lesquels vous êtes engagé ?
J’essaie au maximum d’adopter les solutions proposées en matière d’alimentation, d’énergie, de consommation… Mais il me reste pas mal de contradictions. J’utilise beaucoup la voiture notamment. Au niveau de l’alimentation, c’est plus facile, j’ai plus de possibilités : je suis végétarien et je consomme majoritairement des produits locaux. La cohérence est une question essentielle, mais elle doit être appréhendée en fonction d’une autre question qu’il ne faut pas perdre de vue : l’objectif n’est pas uniquement de se changer soi-même, mais d’impulser des changements à l’échelle de la société. Ce sont deux choses différentes qu’il faut concilier au mieux. Toute lutte a un coût écologique. Alternatiba a nécessité qu’on imprime énormément d’affiches pour nous faire connaître. Ça peut sembler contradictoire de couper des arbres pour faire du papier et coller des affiches partout qui termineront en déchets. Mais si on essaie d’avoir une empreinte écologique nulle, on n’aura plus les moyens de batailler. Pour montrer l’exemple, il ne faut pas seulement être exemplaire, il faut être visible, il faut être compris, il faut donc organiser des actions, des mobilisations, qui ont une empreinte écologique. Ne tombons pas dans le piège de ceux qui pointent un détail pour remettre en cause la pertinence de toute une démarche. Les écologistes vivent dans le même monde que les autres, un monde plein de contradictions où on n’a pas encore les moyens de vivre complètement ce que l’on prône. Ce qui est important, c’est d’être dans une démarche de changement. Et, dès lors qu’on est dans une dynamique collective, nos efforts de changement deviennent très épanouissants, motivants, et cela donne envie de continuer à changer dans d’autres domaines !

Propos recueillis par Pascal Greboval

Châtiments corporels et violences éducatives, Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses

Source : memoiretraumatique.org

Découvrez le nouvel ouvrage de Muriel Salmona Châtiments corporels et violences éducatives, Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses


La présentation qui suit a été publiée sur le blog stopauxviolences.blogspot.fr le 29 août 2016

Le 12 juillet 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires ont lancé un programme - nommé « INSPIRE » - pour réduire les violences à l’encontre des enfants dans le Monde (OMS, 2016). Avant de présenter les stratégies recommandées dans ce programme, l’OMS rappelle l’ampleur de ces violences en citant les chiffres de l'étude de Hillis publiée en janvier 2016 dans la revue internationale Pediatrics : selon cette étude un milliard d’enfant a subi des violences physiques, psychologiques et sexuelles en 2015, un enfant sur quatre a subi des violences physiques et près d’une fille sur cinq des violences sexuelles au moins une fois dans sa vie.
Et la première des sept stratégies pour réduire les violences à l’encontre des enfants du programme « INSPIRE » de l’OMS correspond justement à ce que nous demandons dans notre ouvrage, puisqu'il s'agit de recommander la mise en œuvre et l’application de lois interdisant aux parents d’infliger aux enfants des châtiments corporels et autres punitions violentes.

Etre protégé de toute forme de violence, est un droit fondamental de l'enfant garanti par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

Alors qu'elle a été un des premiers pays à ratifier la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), en 2016, la France n'a pourtant pas encore interdit explicitement les châtiments corporels et toute autre forme de violences éducatives contrairement à 49 pays dans le monde, et elle n’a toujours pas pris — alors qu’elle s'y était engagée — « toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié » (article 19, CIDE 1989), ni toutes les mesures pour que « nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » (article 37, CIDE, 1989), ni pour « assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être. » (article 3, CIDE, 1989).
Les violences envers les enfants ne sont toujours pas considérées en France comme une urgence de santé publique, et la protection des enfants contre toute forme de violence n’est pas considérée comme un impératif absolu. Bien au contraire la violence intra-familiale sous couvert d’éducation reste largement tolérée. La grande majorité des parents ont toujours recours à ces violences pour se faire obéir et pour punir leurs enfants. Ils y restent très attachés comme méthode éducative.
Mais, cela pourrait enfin commencer à changer puisque l’Assemblée nationale vient d’adopter, le 1er juillet 2016, dans le cadre de l’examen du projet de loi « Égalité et citoyenneté », un amendement complétant l’article 371.1 du Code civil relatif à l’autorité parentale, pour interdire « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours à la violence corporelle ».

La famille, une zone de non-droit où règne la culture de la violence.

Cette grande tolérance à de nombreuses formes de violences éducatives transforme l’univers familial en une zone de non-droit pour les enfants où règne, alimentée par de nombreux stéréotypes et un déni de la souffrance des enfants, une véritable culture de la violence transmise de génération en génération.
Cette culture de la violence peut se décliner en trois principales assertions qui justifient les violences éducatives par : leur minimisation, la mise en cause des enfants qui en sont victimes, et le déni de leur conséquences. Selon cette culture de la violence, les châtiments corporels ne sont pas vraiment de la violence, les enfants en sont responsables par leurs comportements, ils en bénéficient car c’est le seul moyen pour qu’ils soient bien éduqués, c’est donc pour leur bien.
La culture de la violence et ses fausses représentations sur la violence, sur l’éducation, sur les enfants, leurs droits, leurs besoins, leur développement psycho-affectif et leur souffrance, opèrent un véritable lavage de cerveau permettant d’occulter la véritable fonction de la violence : à savoir d’être un outil de domination, d’asservissement et une drogue qui permet de s’anesthésier et de se soulager de tensions pénibles, un privilège inouï octroyé aux parents aux dépens des droits des enfants et de leur santé.
Chez de nombreux Français, il y a donc une véritable incapacité à reconnaître des châtiments corporels tels que les fessées, les tapes, les gifles comme des violences infligées aux enfants. Le fait qu’ils soient commis sous couvert d’éducation les rend tolérables, voire même recommandables, et rend invisibles les atteintes qu’ils représentent à l’intégrité physique et psychique, ainsi qu’à la dignité. On assiste à un étonnant discours de déni face à l’évidence humaine que frapper un enfant ne devrait en aucun cas être une option éducative envisageable, face au droit international, et face aux preuves scientifiques qui en démontrent l’impact négatif. Ce déni transmis de génération en génération, ayant induit une absence d’empathie vis-à-vis de la souffrance des enfants.

Un impact majeur sur la santé, le développement et l’avenir des enfants

Pourtant nous le savons depuis plus de 20 ans, toute violence, aussi «minime» puisse-t-elle être considérée, a des répercussions sur le cerveau des enfant, sur leur développement psycho-affectif et sur leur santé.
Toutes les connaissances scientifiques confirment les liens très fort entre violences subies dans l’enfance et les déterminants principaux de la santé et de la mortalité chez les adultes. L’immaturité du cerveau des enfants fait que la douleur, les souffrances mentales et les situations de stress ont un effet bien plus délétère sur eux que sur les adultes. Plus un enfant est jeune, plus les conséquences de la violence sur le développement de son cerveau et sa santé seront grandes. Éduquer un enfant ne doit être, en aucun cas, synonyme de faire pression sur lui, lui faire mal, lui faire peur, l’humilier et le stresser, cela n’a aucune vertu et représente un risque important pour sa santé, son développement et sa confiance en lui ainsi que celle qu’il a pour le monde extérieur.
**De très nombreuses études et enquêtes scientifiques internationales démontrent que les représentations que la majorité des Français-e-s ont de la « violence éducative ordinaire » sont fausses : elle n’est ni mineure, ni inoffensive, et elle n’a aucune portée éducative, bien au contraire ; Durrant en 2012 et Gershoff en 2016 ont fait des méta-analyses de plus de 200 études scientifiques publiées dans les grandes revues internationales sur ce sujet depuis plus de 20 ans, et ont démontré qu'en plus d’être une atteinte aux droits et à l’intégrité de l’enfant, la violence éducative :
  • est un facteur de risque qu’il subisse des maltraitances bien plus graves ;
  • a un impact durable sur sa santé mentale et physique ;
  • est responsable chez l’enfant du développement de troubles cognitifs et de l’apprentissage, de troubles du comportement et de conduites à risque, elle est fortement corrélée à une augmentation de l’agressivité et des comportements anti-sociaux ;
  • et est une véritable usine à fabriquer des victimes et des auteurs de violences futures.
Or malgré la reconnaissance scientifique internationale de la gravité de l’impact de toutes les formes de violences sur le développement des enfants et sur leur santé mentale et physique à court, moyen et long termes, la France ne considère toujours pas les violences faites aux enfants comme une urgence humaine, sociale et de santé publique majeure, et ne met pas en place de plan national exhaustif de lutte contre ces violences.
Pourtant, au sein de l’Europe, la France se situe parmi les pays ayant les taux les plus élevés à la fois de suicide, de troubles mentaux et de conduites addictives chez les adolescents, que ce soit pour la consommation de tabac, d’alcool et de drogues (enquête HBSC, 2011). Or on sait, grâce à de très nombreuses études scientifiques internationales, que suicides, troubles mentaux et conduites addictives ont un très fort taux de corrélation avec des violences subies (Stein, 2010 et Bruffaerts, 2010). Le suicide, il faut le rappeler, est en France la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans après les accidents de la voie publique, qui sont eux-mêmes corrélés aux violences subies (Cornet J., 1997). Chaque année, en France, on déplore près de 10 000 morts par suicide dans la population générale.

Le déni français de l’ampleur des violences faites aux enfants et de la gravité de leur impact sur la santé à long terme a un coût humain, sanitaire et social exorbitant.

La France est un des rares pays de l’Union Européenne à ne pas avoir encore aboli les châtiments corporels (20 sur 28 l’ont fait, et 3 autres s’apprêtent à le faire), et se fait régulièrement rappeler à l'ordre par les instances internationales et européennes qui lui demandent expressément de les interdire. Elle s’est jusque-là refusée à légiférer, sous prétexte que l’opinion publique n’est pas prête et que cela risquerait de crisper et culpabiliser les parents… En 2016, nous espérons que le courage et la volonté politique seront au rendez-vous. S’il est voté, l’amendement adopté en juillet, modifiant comme nous l’avons vu l’article 371-1 du Code civil concernant l’autorité parentale et excluant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours à la violence corporelle » pourrait nous permettre de rejoindre les pays abolitionnistes, mais il faudra que la loi soit réellement appliquée et qu’elle s’accompagne de nombreuses mesures d’information, de formation et d’accompagnement. Cette loi sera une grande avancée et un signal fort donné à tous les citoyens que les enfants doivent être protégés de toute violence en toute circonstance, et elle les autorisera à intervenir pour défendre des enfants.
Alors que les violences faites aux enfants sont un facteur de risque sur lequel il est parfaitement possible d’agir en termes de prévention et de protection, il est scandaleux que les pouvoirs publics français ne mettent pas en place de plan d’action en urgence. D’autres pays l’ont compris, qui ont pris des mesures efficaces (recherches, lois, campagnes d’information et d’éducation, formations des professionnels, dépistages, offres d’accueil et de soin, etc.) avec un budget suffisant pour lutter contre ces violences (OMS, 2014).

Protéger les enfants de toute forme de violence est un impératif absolu.

La souffrance des enfants victimes de violences est encore trop sous-estimée, et elle n’est que très rarement reconnue. Au contraire, elle est souvent considérée comme un trouble du comportement, dont on tient les enfants pour responsables, ou comme un trouble psychiatrique, dont ils seraient atteints de par leur constitution.
Face à un enfant présentant des attaques de panique, des phobies, des troubles alimentaires ou du sommeil, des conduites addictives, des comportements à risque, des auto-mutilations, ou ayant tenté de se suicider, trop rares sont les professionnels qui se préoccupent de ce qui a bien pu lui arriver et qui recherchent s’il a subi des violences, alors que tous ces symptômes y sont très fortement corrélés.

La violence, un impact psychotraumatique majeur

La violence, par ses impacts psychotraumatiques, a un très fort pouvoir colonisateur et d’emprise par l’intermédiaire de la mémoire traumatique. Elle est également paralysante et dissociante pour l’enfant qui en est victime, le déconnectant de ses émotions. Et elle est, pour le parent violent, un outil de domination et une drogue anesthésiante.

La violence est un formidable outil pour soumettre et pour instrumentaliser des victimes dans le but de s’anesthésier.

L’impact psychotraumatique des violences est dû à la mise en place, par le cerveau, de mécanismes neurobiologiques de sauvegarde pour échapper au risque neurologique que fait courir un stress extrême, auquel sont particulièrement sensibles les enfants. Ces mécanismes, qui seront également à l’œuvre chez l’adulte violent, s’apparentent à une disjonction avec interruption des circuits émotionnels et d’intégration de la mémoire, et sont alors à l’origine d’un état de dissociation (avec une anesthésie émotionnelle, un sentiment d’étrangeté, de déconnexion, d’être spectateur de la situation), et de troubles de la mémoire avec la mise en place d’une mémoire traumatique (Nemeroff, 2009 ; Louville et Salmona, 2013).
Cette mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle non intégrée qui, au moindre lien rappelant les violences et leurs contextes, les fera revivre à l’identique à l’enfant victime, avec les mêmes émotions (le stress, la peur, la détresse, le désespoir, la honte, la culpabilité…) et les mêmes perceptions (douleurs et les cris, les phrases assassines, la haine et la colère du parent violent…), tandis que l’adulte violent revivra également la scène violente avec ses actes et ses émotions, ainsi que les réactions de l’enfant.
Cette mémoire traumatique colonise et envahit le psychisme de l’enfant comme celui du parent violent. Tous les contextes liés aux situations de violences sont susceptibles de la déclencher et de créer un état de stress et de tension intolérable chez l’enfant comme chez le parent. Pour y échapper, chacun développe ou impose autour de lui des stratégies d’évitement. Ces stratégies d’évitement et de contrôle ne sont pas toujours possibles ou suffisamment efficaces, un autre recours peut alors être utilisé, celui d’anesthésier sa mémoire traumatique pour ne plus en ressentir les effets en étant dissocié, soit avec de l’alcool ou de la drogue, soit en faisant disjoncter à nouveau le circuit émotionnel en provoquant un stress extrême, par des mises en danger, ou des violences exercées contre soi ou contre autrui (Salmona, 2013).
C’est ainsi que le parent violent peut utiliser la violence contre ses enfants pour anesthésier une mémoire traumatique provenant de violences qu’il a lui-même déjà exercées contre eux ou contre son conjoint, de violences qu’il a subies dans sa propre enfance, mais également de violences qu’il a subies ou commises dans sa famille, au travail ou dans d’autres circonstances (délinquance, guerres, violences d’état, terrorismes, etc.).

Le cycle infernal de la violence

La violence engendre alors de la violence dans un processus sans fin. Face à ses enfants, de multiples liens seront susceptibles de déclencher la mémoire traumatique du parent violent (des cris, des pleurs, la terreur de l’enfant, son incapacité à répondre à une injonction, un stress comme un objet qui tombe, une situation de frustration), il pourra exiger de l’enfant d’éviter de la déclencher, l’obligeant à s’autocensurer et à anticiper et contrôler tout ce qui peut stresser son parent. Et si elle se déclenche malgré tout, le psychisme du parent sera envahi par le stress extrême, par des hurlements, des images de coups, par sa propre colère précédente ou celle de son parent quand il était enfant, ou de son conjoint, ou d’autres auteurs de violences qu’il a subies ou dont il a été témoin. S’il adhère à une position dominante ou s’identifie à l’image parentale violente du passé ou à tout autre auteur de violences, il pourra alors s’autoriser à exercer des violences sur son enfant pour disjoncter et s’anesthésier.
L’enfant, de son côté, sera lui aussi de plus en plus traumatisé, et de plus en plus envahi par la mémoire traumatique de toutes les scènes de violence qu’il aura subi ou dont il aura été témoin : quand sa mémoire traumatique se déclenchera, il pourra se figer et ne plus pouvoir bouger ; se mettre à paniquer, à trembler et à pleurer, à uriner sur lui, à se cacher (comme il avait réagi lors des violences précédentes) ; ou au contraire à hurler, à avoir des crises clastiques, à casser des objets, à se faire mal ou se mettre en danger, à injurier, à taper (comme l’adulte violent avait agi), en reproduisant le comportement de l’adulte violent, dans sa famille, mais également à la crèche, à l’école, lors d’activités sportives, sur lui-même, mais également sur des objets, sur d’autres enfants, sur des adultes ou sur des animaux. En dehors des accès de mémoire traumatique, l’enfant sera le plus souvent dissocié, anesthésié émotionnellement, dans l’incapacité de se défendre ou de réagir. L’enfant sera alors de plus en plus considéré comme un enfant difficile et opposant, ou comme un enfant paraissant indifférent, dans l’incapacité de ressentir ses émotions et de se défendre, avec un risque important de subir de nouvelles violences (Salmona, 2013).

Les violences colonisent et dénaturent la parentalité

Les violences imprègnent de telle façon et depuis si longtemps les rapports humains qu’elles en ont modifié les normes et les représentations que l’on peut s’en faire. Les violences saturent et dénaturent la parentalité. Dans notre société, les symptômes psychotraumatiques et les troubles des conduites qui y sont rattachés ne sont jamais reconnus comme des conséquences normales des violences, et sont perçus, de façon mystificatrice et particulièrement injuste, comme provenant des victimes elles-mêmes, liés à leur personnalité, à de prétendus défauts et incapacités, à leur sexe, à leur âge, voire à des troubles mentaux. Les violences et leurs conséquences psychotraumatiques sont à l’origine de nombreux stéréotypes censés caractériser les victimes qui les subissent le plus fréquemment, comme les femmes et les enfants. Leurs symptômes, au lieu d’être identifiés comme réactionnels, sont injustement considérés comme naturels et constitutifs de leur caractère, de leurs conduites, telles les conduites à risque et les mises en danger des adolescents.

Ces stéréotypes, imprégnés par la violence omniprésente, altèrent profondément les relations humaines et transforment l’amour en une relation de possession et d’emprise, l’éducation en un dressage et une domination.

Trop rares sont les adultes qui prennent fait et cause pour les enfants, qui se battent pour protéger leurs droits, et qui ont peur pour eux : « Les enfants peuvent bien attendre… » comme le dénonce le titre du recueil de paroles de 25 experts sur la situation des droits de l’enfant en France, auquel j’ai participé, publié en 2015 par l’UNICEF (United Nations International Children's Emergency Fund, en français « Fonds des Nations unies pour l’enfance »).
Dans notre pays, on se méfie bien plus des enfants qu’on ne les protège. L’enfant-roi, l’enfant-tyran, l’enfant menteur, désobéissant, délinquant, agressif produit par une éducation laxiste, sont des stéréotypes omniprésents. On est prompt à oublier que les enfants en danger sont incomparablement plus nombreux que les enfants délinquants (3,5 fois plus) et que les comportements violents des enfants sont très fortement corrélés à des violences subies (Odds Ratio à 8, M. Choquet, 2008).
Au lieu d’être des univers de sécurité, la famille, les lieux de garde et les institutions restent des zones où le risque de subir des violences est très élevé, les enfants les plus vulnérables y étant les plus exposés (les plus jeunes, ceux qui sont handicapés et qui subissent des discriminations). Quel que soit leur milieu social, c’est donc dans leur famille et dans les lieux d’accueil que les enfants risquent le plus de subir des violences où d’en être témoins : châtiments corporels, violences verbales et psychologiques, humiliations, maltraitances sous toutes leurs formes (violences physiques, violences sexuelles ou négligences), ou exposition à des violences conjugales.
Et il est très préoccupant que la grande majorité des enfants victimes de violences ne soient pas reconnus, ni protégés. Alors qu’ils sont très nombreux à subir des violences qui sont des atteintes graves à leurs droits, à leur dignité et à leur intégrité physique et psychique, ces violences ne sont que rarement identifiées et signalées. Faute d’information, de sensibilisation et de formation suffisantes sur la réalité des violences, il y a une grande difficulté à penser et reconnaître les violences, et notamment à les entendre lorsqu'elles sont révélées. Dans le système de dénégation où nous baignons, il ne semble pas possible que la famille, censée être l’univers le plus protecteur pour l’enfant, puisse être également le plus dangereux, et celui où le risque d’y subir des crimes comme le meurtre ou le viol y soit le plus important. C’est ainsi que les enfants victimes de violences sont en général abandonnés, sans protection, ni soin. Ils se retrouvent à survivre seuls à ces violences et aux conséquences psychotraumatiques qu’elles entraînent sur leur santé (Salmona, 2016).
Le déni et la tolérance incroyables de la société française concernant les violences envers les enfants sont alimentés par la conception de l’éducation comme une soumission à l’autorité, la structure encore très inégalitaire et discriminatoire de l’univers familial, la vision de la violence comme une fatalité liée à la nature de l’homme dès sa naissance ainsi que par la non-application de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. De plus, la méconnaissance des conséquences psychotraumatiques des violences entraîne l’absence de leur prise en charge, ainsi que la persistance d’un exercice encore archaïque de la psychiatrie, qui, malgré de nombreuses études internationales, peine à prendre en compte les preuves scientifiques des liens de causalité très forts entre des antécédents de violences et une altération de la santé mentale : 60 % au moins des troubles psychiatriques seraient directement liés à des violences, 30 % à des violences physiques subies dans l’enfance, et jusqu’à 7 % à des châtiments corporels même présentés comme « minimes » comme les tapes (Afifi, 2006, 2014 ; Hughes, 2016).

Chaque enfant doit être protégé de toute forme de violence et respecté en tant qu’être humain unique et précieux ayant des droits fondamentaux.

Il est temps de lutter le plus efficacement possible contre ces violences, et de dénoncer sans relâche tout ce qui les rend possibles, c’est le propos de cet ouvrage. En 20 questions-réponses précédées par un état des lieux en 12 points, il s’agit de donner des informations fiables et précises sur la réalité de ces violences, sur les droits des enfants, sur l’état des connaissances scientifiques sur l’impact de ces violences sur les comportements des enfants et leur santé physique et mentale, et enfin de déconstruire tout ce qui fait le lit de cette culture de la violence sous couvert d’éducation.

Protéger les enfants contre toute forme de violence est un impératif absolu, qui nous concerne toutes et tous. Nous devons promouvoir une éducation centrée sur l’intérêt supérieur des enfants et adaptée à leurs besoins fondamentaux.

Et nous allons voir, tout au long de cet ouvrage, que la meilleure façon de lutter contre les violences c’est de lutter contre toutes les formes de violences, sans exception : violences envers les enfants en priorité, mais également violences conjugales, violences sexuelles, violences au travail, violences institutionnelles, violences liées aux discriminations, violences d’états, etc.

Nous verrons que toute violence est pourvoyeuse de nouvelles violences, de proche en proche et de génération en génération, les enfants en étant la première cible.

Dre Muriel Salmona


Être le témoin conscient que nous n’avons pas eu

Source : regardconscient.net

par Marc-André Cotton
Cet article est paru dans la revue Regard conscient No 10 (juin 2003)



Résumé : Intervenir lorsqu’un enfant est humilié ou violenté implique d’accepter d’accueillir nos propres souffrances. Témoignage.

En ouvrant peu à peu les yeux sur la profondeur de ma souffrance et sur les conséquences du mépris infligé à la conscience qu’incarne chaque enfant, je me suis vite senti interpellé par la question de savoir ce que je pouvais faire pour que cela change. La réalité que j’entrevoyais me paraissait insoutenable. Dans mon désarroi, j’aurais souhaité par exemple qu’on puisse imposer la lecture des livres d’Alice Miller à tous les parents. Inconsciemment, je voulais éviter d’être davantage confronté à mon histoire et à ce que j’avais moi-même reproduit sur mes enfants.

Projection de ma souffrance

Lorsque je voyais un adulte humilier ou frapper un enfant, j’étais saisi d’une révolte et paralysé en même temps à l’idée d’intervenir. Un jour dans un bus, alors que je venais de revivre en thérapie l’horreur d’une douche froide que ma mère m’avait infligée, j’entendis une jeune femme menacer tranquillement sa fillette de la même torture. J’avais envie de lui parler de mon vécu, mais restai pétrifié. J’étais incapable d’articuler un mot, de crainte qu’elle ne retourne sa colère contre moi. Sans m’en rendre compte, je projetais sur cette femme la terreur vécue face à ma mère et voulais la faire taire pour ne pas ressentir ma propre souffrance. Dans ces conditions, en supposant que j’aie pu surmonter ma stupeur, je l’aurais certainement condamnée. Elle se serait sentie menacée par une terreur similaire et aurait vraisemblablement rejeté mon intervention.

Au cours de mon travail thérapeutique, il m’a été difficile d’accepter que je puisse moi-même incarner le parent abusif qui utilise ses blessures pour justifier ses actes. Mais en réalisant cela et en continuant d’accueillir mon passé, des situations délicates de ce genre m’apparurent sous un jour nouveau. Je pouvais voir l’adulte emporté dans la répétition compulsive de sa souffrance, tout en le considérant comme pleinement responsable de s’ouvrir à son histoire personnelle au lieu de rejouer sur son enfant. Dans certains cas, il me fut possible d’intervenir tout en sachant que le parent se sentant pris en faute - donc coupable - allait m’opposer ses défenses et que celles-ci feraient écho à celles que mes parents m’avaient opposées : Vous n’avez pas de leçon à me donner ! Les enfants doivent apprendre à obéir ! Pensez-vous être plus malin que les autres ?

Témoin confirmant

Je réalisai aussi que je pouvais entrer en relation avec l’enfant, lui parler de sa situation et de ce que j’avais moi-même vécu de douloureux avec mes parents. Je le vis reconnaissant qu’un autre adulte intervienne et confirme sa souffrance. Récemment, une jeune élève de piano me provoqua en me donnant une petite tape sur les doigts. Je lui dis que je n’aimais pas ça parce que mes parents m’avaient aussi frappé à cet endroit et que je trouvais injuste que ses parents fassent de même avec elle. J’ajoutai que sa mère connaissait ma position sur les châtiments corporels puisque je lui avais passé un livre sur la fessée (1) et que nous en avions parlé. Sitôt le cours terminé, la fillette interpella sa mère en ma présence sur le sujet de la discipline familiale. D’abord sur la défensive, celle-ci commença par minimiser : Dis tout de suite qu’on te martyrise ! Tu n’as pas l’air si malheureuse ! Mais comme je restai à l’écoute, puis confirmai le vécu de l’enfant sur la base de ma propre histoire, la mère se détendit et aborda plus franchement la question devant sa fille. Oui, sa propre mère l’avait battue jusqu’à l’âge de treize ou quatorze ans et oui, il lui était encore trop souvent difficile de retenir sa main, si bien que ses enfants recevaient une raclée par trimestre environ. Si douloureuse que cette situation soit, la fillette rayonnait d’entendre son vécu confirmé en présence d’un autre adulte et serrait affectueusement sa mère par la taille.

En accueillant par la suite mes sentiments, je réalisai combien j’avais souffert que personne n’intervienne auprès de mes parents pour dire que la violence éducative qu’ils m’imposaient était une torture. Sans témoins conscient et confirmant, j’étais resté enfermé dans la solitude, persuadé que personne ne pouvait me comprendre. En choisissant de prendre cette place auprès de cette fillette, j’étais une fois de plus confronté à la profonde détresse que j’avais si longtemps refoulée.


La belle leçon d’humanité de la tribu Ndébélé

Source : mieux-vivre-autrement.com






La belle leçon d’humanité de la tribu Ndébélé

Notre civilisation moderne a sûrement quelques belles leçons d’humanité – et d’humilité- à prendre chez ses voisins. Notamment chez la tribu Ndébélé.
Pourtant nous aimons croire que nous faisons partie de « la société la plus civilisée ». Une sorte d’aboutissement de l’histoire humaine dont les choix réalisés sont les meilleurs.
Toutefois, d’autres communautés à travers le monde ont des fonctionnements sociaux qui peuvent être radicalement différents des nôtres. Sont-ils moins bons pour autant?

Pas de sanction dans la tribu Ndébélé

Chez les Ndébélés, tribu d’Afrique du sud, quand quelqu’un fait une erreur, qu’il est fautif : les autres membres de la communauté réagissent avec une humanité pouvant paraître déconcertante à nos yeux d’occidentaux.

Pendant deux jours, ils vont entourer le « malheureux » et évoquer avec lui toutes les grandes et belles choses qu’il a faites dans le passé. Ils vont donc valoriser autant que possible le sujet momentanément égaré. De cette façon ils lui permettent d’être reconnecté à sa vraie nature et de réintégrer le groupe. Aucune sanction n’est nécessaire. La réinsertion sociale est immédiate.

Dans la tribu Ndébélé, la conviction que les humains sont bons par nature et que tous recherchent la sécurité, l’amour, la paix et le bonheur est une certitude. Dans cette recherche, l’erreur personnelle est possible, mais les membres de la communauté veillent à ce que chacun des autres ne s’égare pas.

Chez nous : c’est répression et restriction des libertés

L’attention et l’action positive dont la communauté Ndébélés fait preuve pour celui qui faute paraît bien loin de notre fonctionnement. Mais comment pourrions-nous consacrer le temps et l’énergie nécessaire? Notre temps disponible est si restreint, notre mode de vie de producteur-consommateur est entièrement dévolu à son maître : l’argent.

Les Ndébélés s’attachent à valoriser le fautif plutôt que de le sanctionner. Chez nous ce qui s’applique est la sanction, telle que prévue par la loi.

L’humain avant tout

Comment espérer qu’un jour, un changement de société important considérant l’individu avant le profit puisse se produire chez nous?

Nos politiciens sont devenus de simples gestionnaires financiers, alors que ce travail pourrait être réalisé – et même mieux – par des experts comptables. Non, il ne faut rien attendre de leur part. La différence majeure existante entre les civilisations « modernes » telle que la nôtre, et le fonctionnement de sociétés dites « mineures », réside bien dans ce point essentiel : le rapport à l’argent.

Les sociétés modernes sont tournées vers l’argent

Notre société est tournée vers l’argent, les richesses et le pouvoir. L’humain s’efface derrière la nécessité imposée de gagner plus, produire plus et consommer plus. Comme si nos valeurs et notre éthique étaient en sourdine, entièrement conditionnés que nous sommes par notre dévotion corps et âme à la sacro-sainte croissance économique.
tribu ndébélé

La justice en mode « espoir »

Chez nous, celui qui faute est culpabilisé et sanctionné, avec l’espoir que la restriction de liberté imposée lui permette de changer. C’est bien en mode espoir que fonctionne notre justice. Elle n’a de toute façon que trop peu de moyens financiers et humains pour fonctionner autrement.

Pourtant, une restriction de liberté, une privation temporaire de droits élémentaires de la personne n’ont pas l’impact recherché. Beaucoup récidivent. Notre société devrait peut-être se pencher sur ce problème : la justice rend des jugements qu’elle sait inefficaces.

Une sanction qui n’en a que le nom

Une sanction que l’on sait par avance inefficace – ou si peu – s’apparente plus à de la torture qu’autre chose. C’est en tout cas un mauvais traitement caractérisé. Si mauvais qu’il ne réussit pas, ou bien trop rarement, à réhabiliter un fautif dans la société.

Pourtant derrière chaque « coupable » se cache un homme avec ses compétences et ses nombreuses réalisations respectables, comme chez les Ndébélés. Nos fautifs à nous, pourraient-ils devenir meilleurs si, au lieu d’être culpabilisés, ils étaient valorisés ? Difficile de savoir sans avoir essayé.

« Sawubona » – « Sikhona »

Pour conclure laissez-moi vous présenter la salutation des Ndébélés, également pleine d’humanité : comme nous disons bonjour, eux disent « sawubona » – je vous apprécie, je vous respecte, vous êtes important pour moi. La réponse est « sikhona » – donc j’existe pour toi.