lundi 10 juillet 2017

Alliance

Pour assumer ma masculinité et me sentir libre,
de toute la domination culturelle et symbolique du patriarcat et du machisme, de toute la domination physique et de la violence qui peut surgir de chacun-e mais qui de fait a plus surgi des hommes par le passé et encore aujourd'hui.

Bien sûr et d'abord, avec conscience, je m'assurerai de mes paroles et de mes actes.

Mais j'ai besoin de faire alliance avec toi.
J'appelle ta pleine présence.
J'appelle ta vigilance pour ton corps et ton coeur, pour le respect légitime de ceux-ci.
Je te demande d'être attentive à ce qui est juste pour toi.
Je te demande de me dire stop ! non ! dans l'instant, aussi petit que cela soit.
Je te demande de ne rien accepter qui te blesse ou te laisse indifférente sous prétexte de me faire plaisir ou que bon on a commencé... ou que tu serais une "meilleure" femme si... ou que sais-je qui tienne de l'habitude, de l'injonction de genre, de la peur et même de "l'amour".

Et si jamais cela advenait quand même.
Si après coup, tu sentes qu'en fait ce n'était pas juste pour toi et que cela te laisse un drôle de goût, amer.
Je te demande de tout faire pour essayer de m'en parler, en sentant la légitime colère intérieure qui est là pour rétablir ton intégrité.

mercredi 21 juin 2017

Oui

Oui
mes silences bruyants
mes messages codés
disent que moi non plus je ne gère pas tout,
finger in the nose
moi aussi
je me prends
les pieds dans la porte et le tapis dans la gueule
entre la vie matérielle et temporelle d'un côté et les élans coeur/corps/âme de l'autre
moi aussi
j'aspire à tout faire avec le cœur vierge, ouvert et aimant
moi aussi
je le vis comme ça, par moments
et puis pouf, paf, pif, aïe ! un tremblement, une vague, un voile, un craquement
moi aussi
je sais tout de toi
je sais que tout restera un mystère
moi aussi
je sens que je peux tout te dire
et c'est alors qu'émerge, juste en dessous, tout ce que je ne voudrais surtout pas te dire
pelures d'oignons
pour moi aussi
t'es trop près ET trop loin
pour moi aussi
ce que tu dis peut ne pas sembler vrai, tangible
contraire à ces chères expériences douloureuses, si sûres, elles
pour moi aussi, selon la friture sur la ligne, les parasites, le brouillage
aujourd'hui ou demain peut être un trou noir
OU une évidence, simple, fluide, limpide, lumineuse

alors je respire
ou je sens d'invisibles fils vers le ciel et la terre
ou je vois ton regard
c'est égal
je sens que c'est là
en moi et en toi, entre nous
c'est là
et il n'y a rien à faire
être
courageux
coeurageux
oui
pouf paf pif aïe
oui
oui
oui
oui
oui
merci
merci
merci
oui

mardi 20 juin 2017

Légèreté et soin

Source 1 : https://polyamour.info/-dN-/Badinons-donc-avec-l-amour/
Source 2 : https://polyamour.info/-fg-/Polyamour-et-polyfake/

2 articles qui me parlent et se complètent bien pour atteindre une complexité juste...



Badinons donc avec l'amour…

Dédramatisons le sentiment amoureux.
Traduction d'un billet de la chanteuse américaine Carsie Blanton. 


Le mot «  amour » peut vouloir dire bien des choses. Dans cet article, je m'en tiendrai à l'amour romantique, l'amour qui va généralement de pair avec l'attirance sexuelle ; l'amour qu'on utilise dans l'expression «  tomber amoureux ».

La vérité choquante concernant l'amour

La vérité, c'est que l'amour, ça arrive. Ça arrive à des moments convenables (par exemple quand on est en couple avec une personne formidable), mais aussi à des moments moins convenables (par exemple quand on rencontre quelqu'un en soirée, et qu'après une conversation étrange et géniale on finit par se rouler des pelles dans les toilettes). L'amour se moque bien des convenances.
La mythologie qui entoure l'amour romantique veut nous faire croire que c'est un sentiment à part, un sentiment rare que vous réserverez à une poignée de mecs dans votre vie. Elle stipule que l'amour prend du temps pour croître, que ce que l'on éprouve au début d'une relation n'est pas de l'amour mais autre chose (on est charmé, on s'entiche, on a le béguin). La mythologie veut aussi nous faire croire que l'amour est généralement constant et fiable, que tomber amoureux est un événement tellement majeur dans la vie qu'il faut absolument s'en occuper sérieusement.
Voici en résumé l'intrigue de toute comédie romantique : quand tu tombes amoureux d'une fille, tu as intérêt à te bouger pour allez la chercher — même qu'elle soit déjà mariée, et pas trop intéressée, et même si en plus c'est ta belle-sœur et que tu t'apprêtes à partir le lendemain matin pour une résidence de six ans en Mongolie — parce que tu seras probablement amoureux d'elle toute ta vie et qu'il se peut que tu n'aimes jamais personne d'autre.
Nous sommes imprégnés de cette idée, à tel point que nous avons tendance à promouvoir certains sentiments au rang de l'amour (quand on a rencontré la personne avec qui on est maintenant marié-e) ou bien à rabaisser certains autres au rang de non-amour (pour ce week-end avec la danseuse de flamenco¹). Et pourtant, quand on y était, les sensations étaient remarquablement similaires.

Cette bonne vieille sensation

L'amour est une sensation. Elle réchauffe, elle papillonne, elle chatouille. Elle se met dans mes tripes, dans ma poitrine, sur mes joues. Elle s'accompagne de tout plein de pensées enthousiastes, du genre « voici la personne la plus formidable de tous les temps », « j'aimerais savoir comment faire pour la rendre heureuse », ou « je veux grimper contre elle, coller ma joue contre la sienne et imprimer mon corps contre le sien ».
J'ai éprouvé cette sensation, à divers degrés, à l'égard d'une centaine de personnes. En fait, je mens ; c'est nettement plus. Quand j'étais ado, c'était environ trois personnes par jour qui m'inspiraient cette réaction. Récemment, le torrent a décru à un niveau plus calme d'environ une fois par mois ou par trimestre (oui, je sais que j'ai un cœur d'artichaut, je ne pense pas être dans la moyenne). Et je suis mariée !
Puisqu'on parle de mariage : oui, j'éprouve ce sentiment aussi pour mon mari. Le sentiment a évolué depuis qu'on s'est rencontré : plus doux, plus chaud, plus confortable, moins urgent. Mais l'amour que j'ai pour mon mari se pare d'un gros bouquet d'autres sentiments et d'autres pensées que je trouve personnellement bien plus rares que l'amour tout seul. On y trouve : une profonde compréhension mutuelle et une appréciation fine de nos personnalités, de nos valeurs, de nos défauts (par exemple, mon mari trouve mon cœur d'artichaut attendrissant) ; des années d'expérience commune ; un paquet de conversations sur le genre d'avenir que nous envisageons ; et des tonnes de points communs dans nos goûts et nos préférences (par exemple la Nouvelle-Orléans, l'humour, les chiens, le chocolat noir, Ray Charles, le Daily Show, la périodicité idéale pour le ménage / les voyages / le sexe).
Mais tout ceci s'appuie sur le même sentiment : l'amour.
Au lieu d'essayer de le refréner ou de l'ignorer, ou de le rebaptiser différemment dans chaque situation, j'aimerais pouvoir l'appeler comme je le sens : je suis amoureuse. Je suis amoureuse de mon mari, de plusieurs de mes amis, de la plupart des musiciens qui m'émeuvent (y compris certains qui sont morts, comme Chet Baker, d'ailleurs il me comprendrait), et d'une poignée de personnes que je connais à peine mais avec qui j'ai eu de belles conversations, avec qui j'ai aimé danser, ou que j'ai embrassées. Je tombe amoureuse à tous les coups.
Et vraiment, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. En fait c'est plutôt agréable, une fois qu'on s'y habitue.

Je t'aime - pas de quoi fouetter un chat

Les jeunes d'aujourd'hui vivent une révolution du sexe sans attaches². Cette «  culture des plans d'un soir » ressemble à «  l'amour libre » mais avec davantage de préservatifs et moins d'hallucinogènes. Et je suis pour ! Au cas où vous ne seriez pas au courant, j'aime bien le batifolage². Je constate qu'à mesure que la pratique gagne en acceptabilité sociale (pour les hommes et les femmes), le niveau de honte et d'anxiété associé au sexe diminue — et tant mieux parce que les gens feront l'amour de toute façon, ils l'ont fait depuis la nuit des temps et ils comptent bien continuer. J'adore l'idée que les jeunes commencent à considérer qu'ils ont la possibilité d'explorer le sexe, consensuel et sans risques, en dehors des frontières d'une relation long-terme.
Mais pourquoi ne pourrait-on pas se donner la possibilité d'explorer l'amour aussi, sans forcément s'engager dans un couple ? Si on est d'accord pour dire que nos corps ne sont pas intrinsèquement dangereux, pourquoi ne pas dire la même chose de nos cœurs ?
Je suggère qu'on s'inspire directement du grand livre du batifolage. Allégeons un peu le fardeau de grandiosité qui pèse sur les épaules de l'amour, pour lui permettre d'être ce qu'il est : une sensation douce, éphémère et exaltante, qu'on peut ressentir et partager.
Imaginez qu'on puisse dire à un plan cul : «  Je t'aime. Pas de quoi fouetter un chat. Ça ne veut pas dire que tu es l'homme de ma vie, ni même l'un des hommes de ma vie. Ça ne veut pas dire qu'il faut que ça soit réciproque. Ça ne veut pas dire qu'on devrait se mettre ensemble, ni se marier, ni même faire des câlins. Ça ne veut pas dire non plus qu'on devra se séparer avec pertes et fracas dans un tourbillon de larmes et de vaisselle brisée. Ça ne veut pas dire que je t'aimerai jusqu'à ce que je meure, ni jusqu'à l'année prochaine, ni même jusqu'à demain. »
Et ensuite, quand viendrait l'heure de déjeuner, on pourrait aborder la question de savoir s'il faut y faire quelque chose ou pas. Tous les ingrédients cités ci-dessus (sortir ensemble, se marier, faire des câlins) sont optionnels, et les autres options sont infinies (aller faire un bowling, faire le tour du monde à la voile, se suicider à deux). Ce sont toutes des choses qu'on peut choisir ou pas, en tant qu'être humains adultes et conscients. L'important, c'est de bien comprendre que prononcer le mot «  amour » n'engage à aucune de ces options.

Où je veux en venir

Il y a plusieurs avantages majeurs à faire la différence entre la sensation d'amour imprédictible et farfelue qui vous noue le ventre, et les décisions et les accords qu'on prend quand on s'engage, lesquels idéalement devraient être rationnels et posés. D'abord parce que l'amour n'est pas une raison suffisante pour s'engager avec quelqu'un (et je sais de quoi je parle). Il y faut quelques autres ingrédients : la réciprocité, la compatibilité et la disponibilité, déjà.
Mais ensuite :

  • Du côté de la personne qui tombe amoureuse, l'énorme avantage à ne pas confondre l'amour et l'engagement, c'est qu'on pourra tomber amoureux sans avoir peur ni pour sa vie ni pour sa santé mentale. En effet, tant que l'amour sera – en théorie – réservé à ceux qu'on veut potentiellement épouser, tomber amoureux restera un truc déroutant et vertigineux. Si on interprète toujours cet assortiment de pensées et de sensations comme un événement épique et bouleversant, on n'a pas d'autre choix que de s'attacher très fort à son amoureux. On aura de très nombreuses attentes à son égard (« Aime-moi comme je t'aime ! Aime-moi et seulement moi ! Aime-moi pour toujours ! »), et on se sentira blessé et amer si les sentiments ne sont pas réciproques. Comme des canetons, nous subissons l'empreinte de l'amant et nous choisissons de rester auprès de lui contre vents et marées, malgré les abus, la négligence, les mensonges, les chamailleries, et l'auto-destruction mutuelle, que ça apporte ou non le moindre bonheur (à soi ou à quiconque).
  • Du coté de la personne dont on tombe amoureux, l'énorme avantage sera qu'être aimé ressemblera moins à une agression et davantage à un cadeau. On en parle peu, mais c'est très inconfortable d'être aimé quand ce n'est pas réciproque (allez écouter ma chanson Please). Inconfortable à tel point qu'il y a beaucoup de gens qui préfèrent se comporter comme des connards froids et insensibles plutôt que de devoir côtoyer quelqu'un qui les aime. On panique, on prend ses distances, on arrête de témoigner le moindre intérêt ou la moindre attention, on ne répond plus aux SMS. Mais ça ne veut pas dire qu'on déteste l'amour ou l'amoureux ; c'est simplement à cause de tout cet attachement et de toutes ces attentes qu'on nous balance avec une telle force. Si on pouvait badiner avec l'amour, on pourrait le considérer comme un très beau compliment - dire «  merci ! » et avoir chaud au cœur. On pourrait mieux compatir pour l'amoureux (qui a le ventre tout noué et a du mal à bien manger et à bien dormir), ce qui permettrait de réagir mieux et plus humainement.
Si on pouvait badiner avec l'amour, peut-être que nos histoires d'amour arrêteraient de percuter si violemment notre sentiment d'identité et nos projets de vie. On prendrait ça moins à cœur. Mon amour n'est pas réciproque ? Tant pis. Il n'évolue pas en projet de couple ? Et alors ? Ça m'arrive tout le temps d'avoir des sentiments et des désirs insatisfaits. Parfois (d'accord, souvent), tard le soir, je veux ma glace au chocolat préférée, mais la boutique ferme à 22h. Est-ce que je panique ? Est-ce que j'appelle la boutique pour laisser une rafale de messages désespérés ? Est-ce que je me recroqueville en position fœtale en pleurant que sans ma glace au chocolat, je suis une femme brisée qui ne méritera jamais de remanger de la glace ? Non, je gère. J'assume mes émotions, je chouine un peu si j'ai besoin, et je fais sans. Comme une grande fille.
Et voici ce que je préfère dans tout ça : si on peut badiner avec l'amour et qu'au lieu d'être quelque chose de rare, dramatique et potentiellement douloureux ça devenait quelque chose de courant, facile et mutuellement agréable, on aurait tous le droit de ressentir et partager davantage d'amour.
Ça a l'air bien joli, n'est-ce pas ?



Notes du traducteur :
1. Ou le danseur — les Américains sont passés maîtres dans l'art de pondre des phrases non-genrées.
2. Le terme anglais consacré est «  casual sex » qui se traduirait par «  sexe désinvolte » ou «  sexe décontracté » – en français, pour l'instant, nous n'avons que des périphrases maladroites comme « rencontre d'un soir », . Personnellement j'aime bien « batifolage ».

Cet article est traduit de l'article « Casual Love » publié par la chanteuse américaine Carsie Blanton sur son blog Brighter than a Buoy.
Carsie Blanton écrit et chante de très belles chansons folk/pop/jazz, et il y en a beaucoup qui parlent d'amour d'une façon très rafraîchissante (en particulier, elle assume son goût pour le batifolage et son coeur d'artichaut).
Son blog Brighter than a Buoy a quelques très bon autres articles. Lire en particulier On Women who Like Sex (en anglais en attendant que je le traduise aussi — ça ne devrait pas tarder).


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Polyamour et « polyfake »


NdT : en Espagne, il existe de nombreux termes autour du polyamour, comme : « polifake », « polimacho », « policadavres », « polipatos », etc. Ils permettent de nommer de nombreuses situations inhérentes aux relations plurielles, à la relative nouveauté de ce type de relations dans une société patriarcale.
J'ai pensé utile de partager avec vous cet article de Brigitte Vasallo, écrivaine et militante pour des relations non-monogames inclusives en tant que résistance politique.

Je viens de lire le post d’Alicia Murillo (artiste et activiste féministe espagnole) qui commence ainsi : « c’est le machiste queer, le machiste alternatif, comme il y en a beaucoup : je continue ? le machiste punk, le machiste anarchiste, le machiste squatter, le machiste finalement. Le même de toujours. C’est ton père avec 40 ans de moins, mais aussi misogyne ou plus. Entre tous, c’est le plus dangereux, car il s’infiltre partout. Il a accès aux assemblées, il est parmi nos contacts sur les réseaux sociaux, il participe à nos discussions et il connaît nos stratégies d’action sociale parce qu’il est littéralement camouflé. »
Dans le monde polyamoureux, nous savons de quoi parle Alicia : nous l’appelons « polyfake ». Ce sont des personnes qui s’approchent du polyamour parce que cela leur donne une couverture philosophique, politique, éthique et sympa, mais avec la même merde de toujours : faire son chemin en semant des cadavres à son passage. Ce qui les distingue c’est qu’ils mettent toute leur emphase sur certains termes liés au polyamour, mais jamais sur d’autres. Ils adorent parler de « l’amour libre », « l’amour sans obligations », « du sexe à profusion », mais ils oublient que pour que cela devienne quelque chose de nouveau, pour que cela devienne vraiment un aspect à revendiquer, il est nécessaire d’ajouter à ces termes l’honnêteté, la sincérité, prendre soin des personnes avec qui on est en relation, même sporadiquement. Dans le cas contraire, c’est exactement ce qui s’est fait depuis toujours : cocufier, tromper, mentir, blesser… le parfait « mentir, baiser, mourir » de Céline.
Le polyamour, effectivement, pense les relations en termes d’obligation. Mais les obligations du polyamour, comme de l’anarchisme relationnel auquel il est intimement lié, ce ne sont pas les autres qui les décident, c’est toi-même. C’est un accord, avec toi, avec tes principes, avec ta manière d’être au monde, avec tes propres limites et tes besoins. Un très haut degré d’auto-critique est nécessaire et également, il est nécessaire de se connaitre et de se savoir comme une personne qui souhaite et a besoin des affectes et qui souhaite être honnête avec elle. A partir de là, c’est un accord horizontal avec le monde. Amour libre, oui, mais pour tout le monde. Respect, oui, mais pour tout le monde. Pas d’instrumentalisation, oui, mais pour tout le monde. Et cela veut dire que les personnes avec qui on est en relation, sachent à tout moment quel est le type de relation qu’elles sont en train d’établir. Avec le risque que la relation finisse (c’est ce que la liberté comporte). Le polyamour, finalement, propose de créer des liens amoureux non possessifs, basés sur des pactes décidés entre chacune des personnes, quel qu’ils soient. Établis à partir de la sincérité : sans tromperies, sans fausses vérités, sans malhonnêteté. Fidélité aux pactes et à la loyauté envers les personnes.
Quand nous faisons des pique-niques polys, entre ami.e.s qui construisent depuis des années des liens polyamoureux, le thème du « polyfake » finit toujours par apparaître. Une amie, en plein de crise de rire, a imaginé une excellente définition : « êtres qui ne peuvent pas avoir une relation saine et, par conséquent, en établissent cinq maladives ». Dans la pratique, des polyamoureux-euses qui cocufient leurs partenaires (même si cela peut paraître kafkaïen), polys qui n’acceptent pas qu’on les quitte et deviennent harceleurs, polys qui manipulent et mettent en danger les autres relations de leurs partenaires…
En tant que polyamoureuse convaincue, ayant été échaudée mais également convaincue, il me semble que si le polyamour ne consiste pas à construire un réseau de personnes qui prenons soin les unes des autres, cela ne vaut pas la peine de lutter pour lui. Retournons à la monogamie et faisons des orgies. Le polyamour doit avoir la capacité de changer des schémas de l’intérieur, depuis son propre centre. Depuis ce lieu même que les « polyfakes » ignorent, simplement parce que c’est bien plus simple de continuer ainsi. Se disant radicaux avec des gestes qui, au fond, ne supposent aucun danger.
Alicia a lancé le ballon : maintenant que nous savons que cela existe et que nous osons le dire à voix haute, que faisons-nous pour les neutraliser ?

Béatrice Millêtre (!) - intuition, différences




 En musique : à propos de mille êtres ;-)

Multicouleurs : Emilie Wapnick - Pourquoi certains d'entre nous n'ont pas de vocation




Emilie Wapnick
Pourquoi certains d'entre nous n'ont pas de vocation

https://www.ted.com/talks/emilie_wapnick_why_some_of_us_don_t_have_one_true_calling/transcript?language=fr#t-734161

jeudi 11 mai 2017

C'est la nuit


Quand j'écris, c'est la nuit,
Au chaud dans ma fatigue.
Elle freine et focalise le galop des synapses,
Elle installe des vides,
Et me rapproche de mon doux palpitant.

Alors le silence me crisse,
Ses mots de charbon par wagons,
Ses lignes cousues d'étoiles

Stage Corps et Terre

https://manonclouzeau.com/stage/


 













vendredi 7 avril 2017

L'enfant et la carte du monde

Source : http://l-illusion-du-handicap.over-blog.com/2017/03/l-enfant-et-la-carte-du-monde.html



C'est une petite fille de huit ans et sa mère, une scientifique, qui cherche à résoudre les problèmes de l'humanité.
L'enfant entre dans le bureau et tire la manche de son parent en disant :
- Je veux t'aider.
Sa mère la renvoie :
- Non, s'il te plait va jouer, j'ai beaucoup de travail.
Mais la petite insiste.

Il y a sur la table une revue avec une carte du monde.
Alors la mère prend la carte et avec des ciseaux elle la découpe en tout petits morceaux qu'elle lui remet avec un pot de colle :
- Voilà essaie de reconstruire le monde.
La mère croit occuper sa fille pour une dizaine de jours, mais après deux heures, la fille a résolu le problème.
- Comment as-tu pu faire cela ?

- Eh bien maman j'ai vu que de l'autre côté de la carte, il y avait la figure d'un humain.
Le monde je ne le connais pas, mais l'humain, si.
Alors j'ai retourné tous les petits papiers et j'ai d'abord reconstruit l'humain.
Puis, j'ai retourné le papier et le monde était reconstruit.

Jean-Pierre Brouillaud




jeudi 16 mars 2017

Regarder


"Nous sommes nés pour regarder et écouter ce monde.
Alors même sans réussir sa vie, on peut y trouver un sens."

Tokue, 70 ans, dans le film "Les délices de Tokyo"


lundi 6 mars 2017

C’est un mouvement mutuel entre l’enfant et nous

Source : http://parents-heureux-enfants-heureux.com/leducation-aujourdhui-interview-de-brigitte-cassette-spcialise-dans-laccompagnement-des-personnes-en-recherche-ducative/

Brigitte Cassette :

"... j’ai surtout découvert que je ne pouvais pas éduquer sans me remettre en cause moi personnellement. C’est vraiment sur ce chemin là que je suis allée. Dans le sens que l’éducation que je vais donner à mon enfant me renvoie à moi, à ma propre éducation et à mes propres mécanismes. C’est plus ça que j’ai envie de développer, de promouvoir, je ne sais pas le mot qui serait juste mais c’est de dire en fait l’éducation qu’on va donner c’est aussi notre propre éducation qu’on est en train de faire, c’est à dire que c’est un mouvement mutuel entre l’enfant et nous. C’est quelque chose qui ne va pas dans un sens, c’est dans les deux sens. C’est à dire que l’enfant m’apprend et je lui apprends et à ce contact là ; de ce fait là je me transforme."


Le développement psycho-sexuel de l’enfant de 0 à 6 ans

Plein d'évidences qui n'en sont pas ! Un autre sujet d'apprentissage de soi.

Enfant : découvrir, jouer, connaître, accepter, ne pas intégrer de tabou ni d'injonction...
Parent : accueillir, célébrer, mettre des mots, accompagner, prendre le temps...


Source : http://parents-heureux-enfants-heureux.com/developpement-psycho-sexuel/



Site de Stéphanie Agrain : http://www.sarae.info

jeudi 16 février 2017

Cycles

Source : Kaizen
par Art-Mella

Bon, juste je ne garderai pas le côté "progression" vers le haut... juste des cycles.
Les saisons ne progressent vers rien, elles passent, elles sont.




dimanche 12 février 2017

Zèbré !

Et voilà... quand tout s'éclaire, du passé et du présent ;-))
Et les mots les plus justes me semblent être : zèbre, neuro-atypique, intensive world syndrom







Attendons-nous trop ou pas assez des enfants ?

Source : OVEO

Par Alfie Kohn
Titre original : Do Our Expectations of Kids Aim Too High or Too Low? (septembre 2016)
Traduction : Catherine Barret. (Les liens sont ceux de l’article d’origine, sauf un lien non sécurisé et version française d’un livre.)



On reconnaît souvent les parents et les enseignants de la vieille école au fait qu’ils ne parviennent pas à comprendre ce que les enfants sont ou non capables de faire ou de comprendre, à leur fournir le soutien dont ils ont besoin et le respect qu’ils méritent. Mais cela signifie-t-il qu’ils sous-estiment les enfants, ou qu’ils les surestiment ? La réponse est moins évidente qu’on ne pourrait le penser, et plus intéressante.

Revenons un peu en arrière. Je pars du principe qu’il est logique d’adopter avec les enfants une attitude que j’ai appelée « faire avec » (travailler avec eux) – par opposition à « faire à » (leur faire quelque chose pour obtenir un résultat donné). Cela suppose de compter sur l’amour et la raison, de voir les enfants comme autre chose qu’un ensemble de comportements à gérer et à manipuler, et de traiter les actions gênantes comme des problèmes à résoudre (ou, si on veut, des occasions d’enseigner) plutôt que des infractions à punir.

Les tenants de l’éducation traditionnelle soulèvent cette objection : les enfants ne sont pas encore capables de raisonner ni de comprendre les conséquences à long terme, il faut donc leur dire ce qu’ils ont à faire, et recourir aux récompenses et aux punitions pour s’assurer qu’ils se socialisent bien. De fait, ils invoquent le développement limité des enfants pour justifier la nécessité de « leur faire » quelque chose. Le paradoxe est ici que la plupart des psychologues et éducateurs qui s’intéressent au développement de l’enfant et comprennent comment les capacités des enfants évoluent avec l’âge rejettent ce conseil.

L’argumentation de ces spécialistes du développement (qui est aussi la mienne) est la suivante : aucun enfant n’est trop jeune pour être traité avec respect. Le point de vue d’un enfant doit être pris au sérieux, ses choix respectés autant que possible. Bien sûr, l’immaturité des jeunes enfants peut exiger de nous davantage de patience. Et, oui, ils ont peut-être besoin de davantage de protection, de structuration, de suivi et de consignes de notre part. Mais rien de tout cela ne justifie que l’on s’appuie sur le contrôle et que notre but principal soit d’obtenir une obéissance aveugle. Être parent ou enseignant de très jeunes enfants en travaillant avec eux est peut-être un défi, mais ce n’est pas irréaliste. (J’ai suggéré des façons de faire dans mon livre Aimer nos enfants inconditionnellement], et d’autres l’ont fait également, y compris des spécialistes de la petite enfance comme Magda Gerber [livres non traduits en français] et Alicia Lieberman.)

Nous pouvons même aller plus loin. La façon dont nous traitons les petits enfants a un impact sur leur développement. Lorsque nous leur imposons notre volonté (sous prétexte de leur immaturité), nous rendons moins probable l’acquisition des dispositions sociales et morales dont nous avons utilisé l’absence pour justifier un tel traitement. Si nous voulons qu’ils prennent en considération les besoins et le point de vue d’autrui, nous devons les guider en douceur pour qu’ils y parviennent. Si nous voulons qu’ils comptent davantage sur la coopération que sur le pouvoir, nous devons leur donner l’exemple de notre propre relation avec ces deux façons d’agir. À l’inverse, lorsque nous récompensons l’obéissance et punissons la désobéissance, nous rendons toujours plus difficile le développement en eux de l’empathie et d’un mode de raisonnement tourné vers les autres. Que cela prenne du temps d’atteindre ces objectifs ne signifie pas que l’on doive partir dans la direction opposée.

Tenter de justifier l’approche du « faire à » sous prétexte que les enfants sont trop jeunes pour qu’on puisse « faire avec » eux est paradoxal pour une autre raison encore. Les parents et les enseignants qui punissent surestiment probablement les capacités des jeunes enfants – au sens où ils ne tiennent pas compte des limitations inhérentes à leur stade de développement. Soit ils ne comprennent pas, soit ils nient purement et simplement l’impossibilité pour un enfant de manger proprement, de rester tranquille dans un lieu public ou de dire toujours la vérité avant un certain âge. Les jeunes enfants ne possèdent pas encore les capacités qui permettraient raisonnablement de les tenir pour responsables de leur comportement comme on le ferait pour un adulte ou même un enfant plus âgé.
Les études de plusieurs chercheurs des universités du Texas et de New York ont confirmé que les parents qui, comparés à d’autres, « attribuent des compétences et une responsabilité plus grandes aux enfants qui se comportent mal », ont plus de chances de se mettre en colère contre eux, de les juger et de les punir. De fait, ces parents contrariés par ce qu’ils estiment être un comportement inapproprié réagissent en s’en prenant à des petits enfants parce qu’ils sont ce qu’ils sont – un spectacle auquel il est souvent douloureux d’assister. À l’inverse, les parents qui comprennent les limites dues au développement de l’enfant tendent à réagir aux mêmes actes en préférant « expliquer et raisonner l’enfant calmement ».

Alors, qu’en est-il ? Les parents qui ont l’attitude « faire à » plutôt que « faire avec » ont-ils tendance à surestimer les enfants, ou à les sous-estimer ? Sont-ils capables de justifier rationnellement leurs méthodes éducatives à l’ancienne dans un sens ou dans l’autre ? Ou bien sont-ils en quelque sorte coupables des deux excès à la fois ?
*
Le même dilemme se pose à l’école. On le ressent d’abord dans la façon dont les contrôles sont standardisés. La plupart des enseignants peuvent facilement citer plusieurs élèves qu’ils savent très intelligents et qui ont pourtant de mauvais résultats aux contrôles. Si on les questionne plus avant, ces enseignants penseront peut-être à d’autres élèves qui obtiennent de très bons résultats aux contrôles, mais dont l’esprit critique et la créativité n'ont rien de remarquable. Les résultats des contrôles surestiment donc les capacités réelles de certains enfants tout en sous-estimant celles des autres – sans doute parce que les contrôles ont tendance à évaluer les types de pensée les moins essentiels. De fait, plusieurs études [citées dans mon livre The Case Against Standardized Testing. Raising the Scores, Ruining the Schools ["Contre les contrôles standardisés, ou comment faire monter les notes en détruisant l’école", non traduit en français] ont montré une corrélation significative entre bonnes notes à un certain nombre de contrôles et manque de profondeur dans la façon d’apprendre. Considérons par exemple la façon traditionnelle d’enseigner les mathématiques. D’un côté, la capacité des enfants à inventer des solutions est systématiquement réprimée du fait qu’on leur enseigne des procédures particulières (et qu’on les oblige à s’en servir). De l’autre, on enseigne souvent aux enfants des concepts qui dépassent le niveau de compréhension de leur âge, comme si le seul fait de la pratique répétitive suffisait à les rendre compréhensibles. Ainsi, les élèves finissent par commettre des erreurs absurdes parce qu’ils ne comprennent pas – et, à un certain âge, ne peuvent pas comprendre – des concepts tels que la « valeur de position »1.

La tendance à sous-estimer les enfants – à ne pas tenir compte de leurs observations et de leurs solutions, souvent remarquables – est couramment critiquée par les éducateurs progressistes et par ceux qui défendent l’idée d’une école centrée sur l’enfant. On ne rend pas justice aux enfants ! Mais la tendance à les surestimer, qui va bien au-delà des mathématiques, mérite aussi notre attention. De même qu’un parent punitif peut ne pas tenir compte de la capacité limitée d’un jeune enfant à mémoriser, à différer la gratification ou à supporter la frustration, un enseignant de la vieille école peut, au nom de la « rigueur » ou pour « fixer aux élèves des objectifs élevés à atteindre », avoir une conception irréaliste de ce qu’un jeune enfant est capable de maîtriser. Par exemple, demander à un enfant de cinq ans d’avoir une orthographe correcte signifie qu’on ne comprend pas que les enfants acquièrent le langage progressivement, d’une manière prévisible et à laquelle on peut s’adapter. À cause de cela, apprendre à écrire devient pour eux une expérience éprouvante.

Lilian Katz, spécialiste connue de l’éducation des jeunes enfants, a une formule remarquable pour résumer la question. Elle dit que nous surestimons les enfants d’un point de vue scolaire tout en les sous-estimant intellectuellement. Je trouve cette distinction entre « scolaire » et « intellectuel » éclairante en soi. Elle rend compte du fait que, la plupart du temps, l’école se focalise sur une réussite basée sur des résultats factuels dont la valeur est surestimée, et qui ne mérite pas d’être qualifiée d’« intellectuelle » (même lorsqu’on adapte l’usage de ce mot à des enfants d’âge préscolaire). En faisant le pas supplémentaire d’appliquer cette distinction à la question qui fait l’objet de cet article, Katz propose une solution intéressante au mystère dont je parlais plus haut, à savoir comment l’approche traditionnelle peut à la fois surestimer et sous-estimer les enfants.
Bien sûr, la différence entre « scolaire » et « intellectuel » a moins de sens s’agissant des pratiques parentales. Mais, là aussi, les enfants sont mal compris de deux manières diamétralement opposées. Lorsque nous faisons vraiment attention à eux, que nous considérons de quoi ils sont capables ou non, de quoi ils ont besoin plutôt que simplement ce que nous attendons d’eux, nous avons beaucoup plus de chances d’apprécier leurs capacités en évitant à la fois de trop leur en demander et de les prendre pour des imbéciles.

vendredi 3 février 2017

Ce qui nous rassemble est plus important que nos différences






Il est très facile de ranger les gens dans des cases. Après tout, nous avons tous des caractéristiques fortes qui nous distinguent les uns des autres. Seulement voilà, ces cases, elles ne valent rien du tout ! Pourquoi ? Parce que derrière les quelques différences visibles qui nous séparent se cache en vérité une infinité de points communs discrets mais essentiels. Tel est le magnifique enseignement de cette expérience sociale authentique et bouleversante.
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jeudi 12 janvier 2017

Introduction aux cercles restauratifs - Dominic Barter

Source : cerclesrestauratifs.org

Les Cercles permettent de mettre en place, au sein d’une communauté, un moyen pour vivre les conflits dans un espace sécurisé, en ayant accès, par une forme de relation respectueuse de chacun, à l’humanité des personnes.

Introduction aux cercles restauratifs (French) from Restorative Circles on Vimeo.

mercredi 11 janvier 2017

Les différences invisibles

Source : émoiémoietmoi
Source : Delcourt

Une super-be BD : touchante, drôle, éclairante ;
qui parle d'abord de l'autisme Asperger ;
mais aussi d'altérité, du droit d'être soi, du besoin d'identité (pour soi), du besoin de ne pas être défini (par les autres), de la normalité et de la normalisation, du monde du travail...

Et cette sensibilité particulière des Asperger, m'a fait penser à cette phrase :
"Ce n'est pas signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade"
(J. Krishnamurti)

IL ou ELLE

Source : France5


Leur parole est rare... Pour la première fois, cinq adolescents transgenres racontent la bataille acharnée qu’ils mènent pour se sentir eux-mêmes et être reconnus dans leur identité. Léna, Lucas, Eléna, Bas et Connor en ont la certitude depuis leur plus jeune âge : ils ne sont pas nés avec le bon sexe dans le bon corps. « Il y a eu une erreur d’attribution », disent-ils. Ce sentiment de ne pas être eux-mêmes les enferme dans une adolescence pavée de souffrances. Entre rejet familial et errance médicale, leur parcours révèle leur combat pour trouver une issue à leur mal-être.

74' - écrit par Lise Barnéoud et Lorène Debaisieux, réalisé par Lorène Debaisieux - production Morgane avec la participation de France Télévisions


Bande-annonce : Le monde en face - Devenir il... par france5


"Je ne changerai rien à mon parcours" - extrait... par france5



"Notre corps commence à évoluer de la mauvaise... par france5


Elena "Je me voyais en fille" -extrait de... par france5


"Le prisme de l'identité est beaucoup moins... par france5



Groupe de parole - extrait de Devenir IL ou ELLE par france5


"Dès qu'on est différent, c'est problématique... par france5  



"Profiter de l'été pour laisser vivre Bas comme... par france5


 

lundi 9 janvier 2017

Deux manières efficaces de lutter contre la violence éducative ordinaire (VEO)

Source : apprendreaeduquer.fr


Deux manières efficaces de lutter contre la violence éducative ordinaire (VEO)


Nous sensibiliser aux formes fines et subtiles d’humiliation d’un enfant est le seul moyen de nous aider à acquérir ce respect pour l’enfant dont celui-ci a tant besoin dès le premier jour de sa vie pour pouvoir se développer psychiquement. Il existe différentes façons de parvenir à cette sensibilisation : par exemple, observer les situations où se trouvent des enfants inconnus en essayant de se mettre à leur place, et, surtout, apprendre à montrer de l’empathie pour son propre destin. – Alice Miller

1. Observer des enfants inconnus en essayant de se mettre à leur place

Cette observation peut se faire en repensant à notre propre enfant intérieur et en réfléchissant à la manière dont nous, en tant qu’adultes, réagirions aux paroles/ gestes émis par les adultes aux enfants.
Alice Miller écrit que mépriser le plus petit, le plus faible est le meilleur rempart contre l’irruption du sentiment de notre propre impuissance. La personne forte, qui connaît son impuissance parce qu’elle l’a reconnue, exprimée et vécue, n’a pas besoin de se prouver sa force par le mépris.
>>> Voir cet article : La meilleure façon de s’adresser aux enfants : se souvenir de notre enfant intérieur !

2. Montrer de l’empathie pour son propre destin

La plaie sans doute la plus profonde – ne pas avoir été aimé tel qu’on était – ne peut guérir sans travail de deuil. – Alice Miller
le drame de l'enfant doué

Dans « Le drame de l’enfant doué », Alice Miller écrit que cette plaie peut être bridée par des mécanismes de défense (dépression, compulsion de répétition, névrose obsessionnelle, perversion…). Les réactions méprisantes des parents face au comportement de l’enfant sont enregistrées en lui sous forme de souvenirs inconscients et emmagasinés dans son corps. L’horreur, le dégoût, l’angoisse ont souvent été déclenchés chez le parent par des conduites pourtant naturelles de l’enfant (activités auto-érotiques par exemple ou colère devant l’échec).
C’est seulement que l’enfant devenu adulte sera prêt à laisser émerger ses sentiments de honte et de peur, et à les vivre, qu’il apprendra ce qu’il a subi dans l’enfance. Des activités naturelles et innocentes, des émotions normales et réparatrices le faisaient se sentir vulgaire, voire sale.
On ne peut se débarrasser de quelque chose d’inconscient par des proclamations ou des interdictions. On ne peut que s’y sensibiliser, pour le reconnaître, le vivre consciemment et ainsi le maîtriser. Une mère ne peut respecter son enfant tant qu’elle ne sent pas combien une simple remarque ironique, destinée à masquer son propre manque d’assurance, peut être humiliante pour lui. Mais elle ne peut sentir combien son enfant se sent humilié, méprisé et dévalorisé devant elle si elle-même n’a jamais vécu consciemment ces sentiments et a plutôt cherché à s’en défendre par l’ironie. – Alice Miller
La nécessité intérieure de bâtir sans cesse de nouvelles illusions et de nouveaux dénis pour éviter de vivre notre propre vérité disparait une fois que cette vérité a été exprimée, ressentie, mise en mot et en pleurs, vécue. Alice Miller écrit que nous voyons alors que nous avons redouté quelque chose toute notre vie, mais que nous nous sommes défendus contre quelque chose qui ne pleut plus arriver car c’est précisément déjà arrivé et ceci dans notre enfance (alors que nous étions dépendants de nos parents et sans défense).
Cette empathie pour notre propre destin est un long et douloureux processus.
Si, grâce à un long processus, un individu parvient à vivre le fait qu’enfant, il n’a jamais été aimé pour lui-même, il subira de grands bouleversements intérieurs mais c’est à cette condition qu’il pourra connaître son vrai Soi.
Se libérer de la souffrance disproportionnée (et notamment d’un état dépressif) ne mène pas à la joie permanente ni à la complète absence de souffrance, mais à la vie – c’est-à-dire à la liberté de vivre ses sentiments spontanés. Parce que la vie a de multiples aspects, ces sentiments ne peuvent être toujours gais, « beaux » et « bons », mais reflètent toute la gamme de l’humain : envie, jalousie, colère, désespoir, tristesse…
L’accès à notre vrai Soi est possible une fois que nous avons compris et vécu ce qui nous avait dés-axé. Vivre notre douleur et faire preuve d’empathie pour nous-même permet de vivre des relations avec nos enfants plus saines : quand nous faisons preuve de mépris, d’irrespect pour les enfants, nous nous protégeons contre des sentiments évoquant notre propre histoire. Quand nous mettons à jour notre histoire, nos émotions refoulées, quand nous reprenons du pouvoir sur nous-même, nous n’avons plus « besoin » de dominer et de faire preuve de mépris, d’humilier.
Ce travail peut se faire à l’aide d’un professionnel.
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Source : Le drame de l’enfant doué, à la recherche du vrai Soi d’Alice Miller.